Le blog de Philippe Bensimon

19 juillet 2015

Dominique Strauss-Kahn : "A mes amis allemands"


Drapeau Européen

DSK est sorti hier une deuxième fois de son silence pour donner son avis sur le pseudo-accord entre les Grecs et leurs créanciers établi le week-end dernier. Cet accord est une véritable horreur en ce qu'il ne résout rien (il redonne juste aux Grecs de quoi agoniser trois ans de plus), et s'accompagne de mesures d'austérité supplémentaires qui vont plonger encore un peu plus les Grecs dans la misère, et diminuer encore un peu plus les rentrées d'argent de l'Etat Grec (Cf. mon article du 9 juillet). C'était exactement ce qu'il fallait éviter, ce contre quoi se battait Alexis Tsipras, et ce qu'avaient refusé les Grecs lors du référendum organisé il y a quinze jours.

L'analyse de DSK, publiée hier sous forme de lettre ouverte intitulée "A mes amis Allemands", rejoint et dépasse mon analyse du 9 juillet : l'attitude des Allemands et de quelques autres Etat vient de donner un coup d'arrêt très violent à la construction de l'Europe, seul rempart que nous ayons contre les guerres intestines, et seul moyen que nous ayons d'accéder à une taille critique face aux grands blocs que sont l'Alena, le Mercosur, la Chine, etc. DSK utilise dans son texte des expressions très dures ("week-end fondamentalement néfaste, presque mortifère") dont seul l'avenir nous dira si elles sont justifiées.

Mieux qu'un commentaire, voici le texte de Dominique Strauss-Kahn :

  

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A mes amis allemands

"Hollande a tenu bon. Merkel a bravé ceux qui ne voulaient à aucun prix d’un accord. C’est à leur honneur. Un plan a de bonnes chances d'être mis en œuvre, repoussant, sinon effaçant, les risques de Grexit. C'est insuffisant mais c'est heureux.

Mais les conditions de cet accord, quant à elles, sont proprement effrayantes pour qui croit encore en l'avenir de l'Europe. Ce qui s’est passé pendant le week-end dernier est pour moi fondamentalement néfaste, presque mortifère.

Il y a, bien sûr, ceux qui ne croient pas en cet avenir. Ceux là se réjouiront, ils sont nombreux et de deux écoles différentes.

La première regroupe tous ceux qui ont la vue trop courte. Ceux dont le nationalisme empêche de voir au delà de leurs frontières et qui s’interrogent en vain sur l’existence même de l’Europe. Mais qui sait ce qu’est vraiment l’Europe ? Qui sait d’où affleure ce continent ? L’Europe est-elle née dans les poèmes homériques du IXème siècle avant notre ère ? Est-elle née dans les tranchées de fange et de boue où tous les sangs du monde vinrent se mêler, mélanger leurs couleurs, brasser leurs rêves, croiser leurs ambitions ? Est-elle née plus près de nous encore, plus prosaïquement aussi, dans les minutieux et laborieux traités de l’Union Européenne ? Elle était, à n’en pas douter dans la tête d’Erasme qui, en 1516, écrit dans La complainte de la paix : « L’Anglais est l’ennemi du Français uniquement parce qu’il est français, le Breton hait l’Ecossais parce qu’il est écossais ; l’Allemand est à couteaux tirés avec le Français, l’Espagnol avec l’un et l’autre. Ô perversité des hommes, la diversité superficielle des noms de leurs pays suffit à elle seule à les diviser ! Pourquoi ne se réconcilient-ils pas plutôt sur toutes ces valeurs qu’ils partagent ensemble ? »

Il y a aussi ceux qui ont la vue trop longue. Ceux qui sont capables de voir plus loin que leurs propres frontières mais qui ont choisi de renoncer à faire vivre cette communauté qui leur était pourtant la plus proche. Ils se tournent vers d’autres, plus à l’Ouest, auxquels ils ont accepté de se soumettre. C’est ce qui était dans la tête de Cioran dont l’écho de la rage impuissante nous parvient encore : « Comment compter, se désole-t-il, sur l’éveil, sur les colères de l’Europe ? Son sort et jusqu’à ses révoltent se règlent ailleurs ».

Et puis il y a ceux, dont je suis, qui ne se reconnaissent ni dans les premiers ni dans les seconds. C’est à eux que je m’adresse ici ; à mes amis allemands qui croient en l’Europe que nous avons voulu ensemble naguère ; à ceux qui pensent qu’une culture européenne existe. Ceux qui savent que les pays qui en dessinent les contours, et dont les livres d’histoire ne retracent généralement que les conflits, ont façonné une culture commune qui n’est semblable à aucune autre. Cette culture n’est pas plus riche qu’une autre, ni plus glorieuse, ni plus noble mais pas moins non plus. Elle est forgée dans cet alliage particulier où se fondent l’individualisme et l’universalisme égalitaire, elle incarne et revendique plus que toute autre ce que le philosophe allemand Jürgen Habermas nomme une « solidarité citoyenne» quand il écrit par exemple que « le fait que la peine de mort soit encore appliquée dans d’autres pays est là pour nous rappeler ce qui fait la spécificité de notre conscience normative ».

De cette culture, nous sommes dépositaires. C’est une longue histoire, une formation longue de dizaines, de centaines d’années, une succession de douleur parfois, de grandeur bien sûr, et de conflits aussi, entre nous, entre frères européens. Nous avons dû dépasser ces rivalités, d’une violence parfois inouïe, sans jamais les oublier. Je ne sais si nous sommes sortis plus forts de ces épreuves européennes qui ont contribué à modeler l’histoire du monde ; ce dont je suis persuadé en revanche, c’est que nous y avons acquis un penchant particulier pour une société solidaire. L’Europe, c’est Michel Ange, Shakespeare, Descartes, Beethoven, Marx, Freud et Picasso. Ils nous ont appris, eux et tant d’autres encore, à fonder le partage entre la nature et la culture, entre le religieux et le séculier, entre la foi et la science, entre l’individu et la communauté. C’est parce que cet héritage nous est commun, qu’il est inscrit au plus profond de notre être collectif, qu’il n’en finit pas d’irriguer les œuvres dont nous avons été, dont nous sommes et dont nous serons capables, que nous avons su mettre fin à nos guerres intestines.

Mais le démon n’est jamais loin qui nous fait revenir à nos errements passés. C’est ce qui s’est produit pendant ce week-end funeste. Sans discuter en détails les mesures imposées à la Grèce pour savoir si elles sont bienvenues, légitimes, efficaces, adaptées, ce que je veux souligner ici c’est que le contexte dans lequel ce diktat a eu lieu crée un climat dévastateur.

Que l’amateurisme du gouvernement grec et la relative inaction de ses prédécesseurs aient dépassé les bornes, je le mesure. Que la coalition des créanciers conduite par les allemands, soit excédée par la situation ainsi crée, je le comprends. Mais ces dirigeants politiques me semblaient jusqu’alors trop avertis pour vouloir saisir l’occasion d’une victoire idéologique sur un gouvernement d’extrême gauche au prix d’une fragmentation de l’Union. Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit. A compter nos milliards plutôt qu’à les utiliser pour construire, à refuser d’accepter une perte –pourtant évidente- en repoussant toujours un engagement sur la réduction de la dette, à préférer humilier un peuple parce qu’il est incapable de se réformer, à faire passer des ressentiments – pour justifiés qu’ils soient- avant des projets d’avenir, nous tournons le dos à ce que doit être l’Europe, nous tournons le dos à la solidarité citoyenne d’Habermas. Nous dépensons nos forces en querelles intestines et nous prenons le risque d’enclencher un mécanisme d’éclatement. Nous en sommes là. Un fonctionnement de la zone euro dans lequel vous, mes amis allemands, suivis par quelques pays baltiques et nordiques, imposeriez votre loi sera inacceptable pour tous les autres.

L’euro a été conçu comme une union monétaire imparfaite forgée sur un accord ambigu entre la France et l’Allemagne. Pour l’Allemagne, il s’agissait d’organiser un régime de taux de change fixe autour du Deutschemark et d’imposer par ce biais une certaine vision ordo-libérale de la politique économique. Pour la France, il s’agissait de manière un peu naïve et romantique d’établir une devise de réserve internationale à la hauteur des ambitions de grandeur de ses élites. Il faut désormais se sortir de cette ambiguïté initiale devenue destructrice et de ces projets autocentrés même si chacun sait qu’on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens. Cela nécessite un effort commun en France comme en Allemagne. Chaque pays rencontre des obstacles majeurs sur ce chemin. L’Allemagne est prisonnière d’un récit trompeur et incohérent sur le fonctionnement de l’union monétaire largement partagé par sa classe politique et sa population. En France, a l’inverse, la paresse, et le souverainisme larvé des élites économiques et intellectuelles est tel qu’il n’existe pas de récit ni de vision intelligente et rénovée de l’architecture de l’union monétaire qui puisse trouver un soutien populaire. C’est cette vision commune qu’il faut inventer d’urgence.

Ne me dites pas que c’est seulement en imposant des règles de saine gestion que vous entendez sauver l’Europe ! Nul plus que moi n’est attaché au respect des grands équilibres et c’est ce qui nous a toujours rapproché. Mais il faut les faire respecter dans la démocratie et le dialogue, par la raison, pas par la force.

Ne me dites pas que s’il en est ainsi et que si certains ne veulent rien entendre, vous continuerez votre route sans eux ! Jamais le repli sur le Nord ne suffira à vous sauver. Vous, comme tous les Européens, avez besoin de l’ensemble de l’Europe pour survivre, divisés nous sommes trop petits. La mondialisation nous fait assister à l’apparition de grands espaces géographiques et économiques appelés à se répondre et à se concurrencer pour des décennies, peut être pour des siècles. Les zones d’influence qui se dessinent, les regroupements qui s’opèrent risquent de durer longtemps. Chacun voit bien se dessiner la plaque nord-américaine. Elle regroupera, autour des Etats Unis, ses satellites canadiens et mexicains, voire au delà. Tout donne à penser aujourd’hui que l’Amérique du Sud saura accéder à une forme d’autonomie. En Asie deux ou trois zones peuvent se dégager, selon qu’en sus de la Chine et de l’Inde, le Japon saura ou non créer autour de lui une solidarité suffisante justement parce que il est lui aussi trop petit s’il reste seul. L’Afrique s’éveille, enfin, mais elle à besoin de nous. Quand au monde musulman, agité aujourd’hui par les tremblements liés à une utilisation politique de l’Islam par certains, il peinera sans doute à trouver son unité.

L’Europe peut être un de ces joueurs mais ce n’est pas encore sûr. Pour y parvenir, son ambition doit être de se rassembler dans l’Union actuelle et même au delà. Pour survivre parmi les géants, l’Europe devra regrouper tous les territoires compris entre les glaces du Nord, les neiges de l’Oural, et les sables du Sud. C’est à dire retrouver ses origines et envisager, à l’horizon de quelques décennies, la Méditerranée comme notre mer intérieure. La logique historique, la cohérence économique, la sécurité démographique, auxquelles j’ajouterai –quoi qu’il en semble- une proximité culturelle issue de la diffusion des religions du Livre, nous montrent la voie. Tout à nos conflits internes, nous ne regardons que vers le Nord et nous négligeons le Sud. C’est là pourtant qu’est le berceau de notre culture. C’est lui qui apportera à la vieille Europe le sang neuf des jeunes générations. C’est lui qui fera de l’Europe le point de passage obligé entre l’Orient et l’Occident. Alexandre, Napoléon, nos folles ambitions coloniales ont cru construire cette unité par la force des armes. La méthode, cruelle et détestable, a échoué mais l’ambition était fondée. Elle le demeure.

L’enjeu est de taille. Une alliance de quelques pays européens, même emmenée par le plus puissant d’entre eux, sera peu capable d’affronter seule la pression russe et sera vassalisé par notre allié et ami américain à une échéance qui n’est peut être pas si lointaine. Il y a ceux qui ont déjà choisi cette voie. Ce sont ceux dont je disais plus haut qu’ils ont la vue trop longue. Mais ce n’est pas le cas de tous. C’est aux autres que je m’adresse.

L’Europe que je souhaite doit évidemment avoir ses règles et sa discipline de vie commune, mais elle doit aussi avoir un projet politique qui la dépasse et qui justifie ces contraintes. Aujourd’hui chacun semble l’avoir oublié. Notre modèle européen peut être un modèle pour d’autres peuples qui refusent de se couler dans un moule unique venu d’Outre Atlantique. Mais pour être un modèle, l’Europe doit voir loin, refuser les mesquineries, jouer son rôle dans la mondialisation, en un mot, continuer à façonner l’Histoire."

 Crédit photo : DSK en 2007, © Marie-Lan Nguyen / Wikimedia Commons

09 juillet 2015

La véritable crise se trouve-t-elle en Grèce ?

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La véritable crise se trouve-t-elle en Grèce ?

 

La Grèce représente entre 1,3 % du PIB de l’Europe. Cela veut dire que si chaque Français accepte de donner chaque mois 1,3 % de son revenu, les Grecs sans exception n’ont plus aucun besoin de travailler, et peuvent profiter du soleil et des îles, superbes au demeurant. Heureux veinards…

Bien sût, il n’est pas question de dire aux Grecs : « arrêtez de travailler ». Il s’agit simplement de donner au problème sa véritable dimension, c’est à dire rien au niveau de l’Europe.

Soutenir l’économie grecque et permettre aux Grecs de remonter la pente n’est donc pas un réel problème économique. Les Allemands d’Angela Merkel, si prompts à étrangler le petit peuple Grec dans une politique d’austérité intransigeante l’ont été beaucoup moins lorsqu’il s’est agi d’engloutir le grand peuple de la RDA lors de la réunification des deux Allemagnes. Personne ne s’est préoccupé alors de savoir dans quel état était l’économie de la RDA, ni de savoir quel était le poids de la corruption dans cette économie socialiste où tout était contrôlé par la Stasi et le Parti. Que les plus riches aident les plus pauvres, cela allait de soi. Angela Merkel, originaire d’Allemagne de l’Est, semble avoir oublié à quelle idéologie elle doit sa position actuelle.

Le problème grec n’est pas un problème récent. On ne rentre pas en quelques mois dans une crise politique et monétaire aussi grave. La dette de 322 milliards d’euros qui pèse sur la tête des Grecs n’est pas si différente des quelques 2000 milliards d’euros qui pèsent sur la tête des Français et des Italiens : 29.772 euros par habitant pour les Grecs, 31.185 euros pour les Français et 35.124 euros pour les Italiens. La seule différence entre les Français et les Grecs est que les banques françaises et l’Etat français (42 Md€ pour ce dernier) ont beaucoup prêté à l’Etat grec, et ce de façon particulièrement stupide : on a prêté de l’argent aux Grecs pour qu’ils puissent  rembourser leurs dettes, et encouragé un mécanisme interdit à tout particulier pour une simple question de bons sens : la cavalerie. Il est bien évident qu’un prêt destiné à rembourser des échéances d’un autre prêt ne fait qu’aggraver le problème, puisque les intérêts supplémentaires contribuent à augmenter l’endettement de l’emprunteur. Et c’est encore ce qu’on propose aux Grecs : de nouveaux prêts pour rembourser leurs anciens prêts, assortis de plus de mesures d’austérité qui, en renforçant la crise et la pauvreté diminueront encore plus les recettes de l’Etat.

En ce sens, toute proposition demandant aux Grecs de rembourser leurs dettes alors que 40% des Grecs vivent en dessous du seuil de pauvreté, et que 50 % des retraités grecs sont en dessous de ce seuil relève de l’avarice et de la stupidité. « Le Monde » dans son édition du 3 juillet 2015 publie ces lignes édifiantes :

« Aucune statistique ne peut restituer l’ampleur des sacrifices concédés par les Grecs depuis six ans. Certains chiffres aident néanmoins à la mesurer. En 1999, le produit intérieur brut (PIB) par habitant de la Grèce, en parité de pouvoir d’achat, s’élevait ainsi à 24 429 dollars (22 020 euros), selon les calculs de l’institut de conjoncture Coe-Rexecode.

En 2007, il est monté jusqu’à 33 018 dollars (29 765 euros), avant de retomber à 24 564 dollars (22 145 euros) en 2014. « Cela signifie que depuis la crise, les Grecs ont reperdu toute la richesse qu’ils avaient gagnée depuis l’entrée dans l’euro », résume Charles-Henri Colombier, de Coe-Rexecode.

Sur la même période, le PIB par tête de la zone euro est passé de 33 562 dollars (30 257 euros) en 1999 à 37 141 dollars (33 483 euros) aujourd’hui, avec un pic à 38 483 dollars (34 693 euros) en 2007. Malgré la crise, les pays de l’union monétaire affichent donc en moyenne une richesse par tête supérieure à celle de 1999. Seule la Grèce fait figure d’exception, avec l’Italie. « Si l’on regarde froidement les chiffres, c’est un complet retour quinze ans en arrière », se désole Patrick Artus, économiste chez Natixis ».

Pas étonnant que 61,3% du peuple Grec vote non au référendum organisé samedi dernier par Alexis Tsipras.

Surtout, alors que les commerçants n’ont plus de quoi acheter les marchandises pour remplir leurs étals, vouloir lutter contre la corruption (1,2 Md€ l’an passé, chiffres non vérifiés) et la fraude fiscale, un des problèmes de l’Etat grec, est illusoire. Quand l’économie « propre » ne marche plus, le dernier refuge est l’économie souterraine, ne serait-ce que pour que les maigres revenus échappent au fisc. Payer le fisc est le luxe de ceux qui en ont les moyens. Les Français se souviennent-ils de l’époque ou le Roi pressurait les plus pauvres, et de l’image qu’avaient les préposés à la perception de l’impôt sur le sel, les gabelous ? Ont-ils oublié que l’un de nos meilleurs fromages, le reblochon, est issu de la rebloche, la seconde traite des vaches, une fois que les percepteurs de l’Etat étaient passés dans les fermes ?

La pauvreté engendre la fraude, quand elle devient nécessaire pour survivre. Exiger de la Grèce de nouvelles mesures dans ce domaine en même temps qu’un surcroît d’austérité est un non-sens.

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Le seul qui l’ait compris semble être le regretté Dominique Strauss-Kahn, sorti de sa retraite pour dire la seule chose intelligente entendue ces jours-ci du côté européen : il faut repousser aux calendes grecques (plusieurs dizaines d’années) le remboursement des dettes grecques, et donner au pays les moyens de se redresser. Autrement dit donner aux gens les moyens de vivre, de consommer, d’investir, de produire et de payer des impôts. Et cesser de forcer l’Etat grec à se séparer de ses richesses et de ce qui pourrait lui rapporter de l’argent (ses ports par exemple), ce qui ne fait que l’enfoncer un peu plus dans la crise. Un ancien premier ministre belge a je crois adopté une position similaire depuis quelques jours. Le problème est que DSK comme cet ancien premier ministre sont des « ex », aujourd’hui remplacés par des gens foncièrement incompétents ou animés par une volonté qui n’est pas celle de résoudre le problème des Grecs.

L’incompétence de la classe politique a été montrée par Arnaud Montebourg, ex-ministre de l’économie obligé d’aller ensuite prendre des cours dans une école de commerce pour apprendre comment gérer une entreprise. Christine Lagarde, forte de ses succès à la tête d’un grand cabinet de juristes américains, aurait peut-être du aussi rester dans son domaine de compétence.

Cela dit, la compétence ne suffit pas, il faut encore la volonté.

 

La volonté

En cela la crise grecque n’est que la partie émergée de l’iceberg, qui est la crise de l’Europe en tant que telle.

Rappelons en préambule que tous ceux qui vivent en Europe  connaissent une période de paix sans précédent sur le continent. Hormis les habitants des pays de l’ex-Yougaslavie, victimes de l’incapacité des Etats européens à prendre des décisions face à un génocide se déroulant à quelques kilomètres de leurs frontières, aucun adulte européen de moins de 70 ans n’a connu la guerre dans son pays. Cela grâce à la vision de deux hommes, De Gaule et Adenauer, qui ont réalisé que la seule solution pour arriver à cela était de passer du concept de pays indépendants à celui d’Europe unie. Ce mouvement fédérateur qu’ils ont lancé et auquel nous devons aujourd’hui notre prospérité s’est fait de façon lente mais continue : CECA, CEE, UE avec création des institutions européennes, un Parlement, une Cour Européenne de Justice, les traités de Maastricht et de Lisbonne, une monnaie unique, une Banque Centrale Européenne, une Politique Commune de Sécurité et de Défense dotée de moyens d’action, etc.

Aujourd’hui, il ne manque plus qu’un pouvoir politique fort et supra-national pour arriver à ce à quoi tend naturellement l’histoire : les Etats Unis d’Europe.

La question ne se pose même pas de savoir si c’est une bonne où une mauvaise chose : pris indépendamment, aucun des pays d’Europe n’a une puissance économique suffisante pour pouvoir faire entendre sa voix face aux grands pays que sont la Chine, les Etats-Unis et la Russie. Et aucun des pays d’Europe ne pourrait survivre en fermant ses frontières et en refusant de commercer avec le monde extérieur.

Bref, le mouvement fédéraliste initié dans les années 50 est nécessaire, car l’Europe est nécessaire. J’entendais récemment une viticultrice vilipender l’Europe, qui n’avait pas su instaurer un protectionnisme suffisant à son goût dans les marchés viticoles. C’est oublier d’une part que le protectionnisme a enfoncé les USA dans la crise de 1929, et d’autre part que, sans l’Europe, qui pourrait instaurer ce protectionnisme tant souhaité ? La France en tant que telle ? Pourrait-on envisager avec lucidité la fermeture de nos frontières, sans une riposte immédiate des pays dont nous avons besoin ? Et que deviendraient nos agriculteurs sans la PAC, tant décriée ?

Aujourd’hui, le problème grec nous met face au problème de l’Europe. Veut-on revenir à une Europe des Etats, déchirée les vieux fantasmes hégémoniques, le souverainisme et les partis populistes qui font croire aux peuples qu’ils vaincront « parce qu’ils sont les plus forts » ? Déchirée aussi par des politiciens qui tremblent à l’idée de perdre des postes obsolètes et le pouvoir qui leur est associé ?

Ou bien veut-on aller vers l’avenir, c’est à dire le fédéralisme à l’américaine ?

Dans un Etat fédéral, tous les Etats membres sont solidaires ; et en cas de problème économique dans l’un d’entre eux, la question est : comment le résoudre ? Et jamais : comment faire pour s’en séparer ?

Ces dernière années, les USA ont connu des soucis avec un de leurs Etats les plus riches, la Californie, dont le Gouverneur Schwarzenegger a plombé gravement les finances. Je n’ai jamais entendu pour autant parler de discussions entre les gouverneurs des autres Etats, ou au Sénat ou à la Chambre des représentants, envisageant la sortie de la Californie des Etats-Unis d’Amérique, pas plus que son retour au Peso. Négocier avec les Grecs en leur imposant leur sortie de l’Euro, c’est très grave. En dehors d’une absurdité géopolitique (la Grèce, frontière naturelle de l’Europe, est au contact direct des problèmes issus des Proche et Moyen Orient), cela veut dire que dans l’Europe actuelle il n’y a aucune solidarité entre les Etats, et que ceux qui ont des difficultés ne peuvent pas compter sur l’aide des plus riches. J’espère que dans cinquante ans, lorsque l’Allemagne, victime des vicissitudes de l’histoire, sera peut-être en difficulté, des Etats qui seront alors sortis des leurs, comme l’Italie, l’Espagne et le Portugal, feront entendre leur voix pour hurler haro sur le baudet et réclamer la sortie de l’Allemagne de la zone Euro. En effet, pourquoi aider des Allemands en difficulté plutôt que des Grecs ?

Marine Le Pen a bien compris la chose, et à l’instar de l’extrême-droite au Parlement Européen se félicite ouvertement de la sortie de la Grèce de l’Euro, qui préfigure l’explosion de l’Europe tout entière. En effet, nul n’étant à l’abri du besoin, la Grèce fera figure d’épouvantail devant des Etats et des peuples qui se diront : pourquoi financer aujourd’hui une institution qui nous laissera tomber demain ?

D’autre part, si l’Europe laisse tomber la Grèce, quelle crédibilité garderont les dettes souveraines des pays face aux créanciers qui financent leur endettement ?

Les pays les plus fragiles et les plus endettés (Italie, etc.) risquent de se voir attaqués et de voir exploser les taux auxquels ils empruntent. Au-delà de 7%, aucun Etat ne peut survivre…

Pire encore, le retour à la Drachme qui prendra au moins six mois posera des problèmes et on verra se créer une économie parallèle en Euros, dont les Grecs auront beaucoup de mal à se défaire par la suite.

 Bref, laisser tomber la Grèce et les Grecs au nom d’un jusqu’au-boutisme ridicule – j’ai entendu de nombreuses personnes affirmer avec le plus grand sérieux : « les Grecs doivent payer leurs dettes » - c’est avant tout laisser tomber l’Europe et tout ce qu’on a commencé à construire depuis la seconde guerre mondiale.

Les Grecs eux-mêmes l’ont très bien compris : les 61,3 % d’entre eux qui ont voté « Non » lors du référendum organisé par Alexis Tsipras n’ont pas dit « non » à l’Europe. Ils ont seulement dit « Non » aux mesures d’austérité réclamées par l’Eurogroupe, qui les plongent dans la récession depuis des années, non à la stupidité de ceux qui ont choisi de les humilier (à ce sujet, bravo à l’Eurogroupe pour avoir imposé le limogeage du ministre des finances Grec, sans doute coupable d’avoir trop bien défendu son pays). Les Grecs ne veulent pas sortir de l’Euro ni de l’Europe, seulement que l’on cesse de les affamer.

Pour finir, il est intéressant d’entendre les membres de l’Eurogroupe reprocher à Alexis Tsipras l’organisation de ce référendum et dire que « cela rend les choses plus compliquées ». Plus compliquées pour quoi ? Pour étrangler les Grecs ? Cela révèle la volonté des créanciers de l’Eurogroupe de récupérer leur argent à tout prix, au mépris du peuple Grec et de ses intérêts. Les cris d’un seul ministre, fût-il premier, sont plus faciles à étouffer que ceux de tout un peuple… Pauvre Europe…

 Ph Bensimon

 Crédit photo : DSK en 2007, © Marie-Lan Nguyen / Wikimedia Commons

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03 novembre 2011

Marketing politique – 3A – support de cours

Logo_3ACe message est destiné aux étudiants en cinquième année Good Governance de 3A Lyon qui suivent mes cours de marketing politique depuis quelques semaines. Voici le support de cours. En cas de difficulté, n'hésitez pas à me contacter.

Notre prochain cours à lieu le mercredii 9 novembre  2011 de 13h à 17 h. D'ici là, bonne lecture et bon courage à tous !

 

Ph Bensimon

 

Pour télécharger ce document, cliquez sur le lien ci-dessous :

Conf_rence_mark_po_2011

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01 novembre 2011

Marketing politique - quiz du mercredi 9 novembre 2011

Logo_3ACe message est destiné aux étudiants en cinquième année Goog Governance de 3A Lyon qui suivent mes cours de marketing politique depuis quelques semaines.

Seule une partie de ces fichiers sera utilisée pour certaines des questions du quiz du 9 novembre. Voici quels seront les fichiers qui pourront faire éventuellement l’objet de questions. Ce sont des thèmes que nous survolerons rapidement au cours des premières heures de la dernière séance. 

Hormis le fichier  “Conférence mark po” que vous pouvez télécharger sur ce blog (cf. message suivant) et qui sert de base à notre cours, ils’agit des fichiers : 

  • presentation compte de campagne-1
  • Conférence Discours po
  • Conférence e-mailing po
  • Conférence mark po droit
  • Conférence Télévision po
  • Effets Underdog et Bandwagon
  • Financement des campagnes américaines
  • L'affichage
  • La_campagne_d'Howard_Dean

Les autres fichiers que je vous ai transmis ne sont là que pour information, et servent à illustrer certains cours sur des sujets spécifiques du marketing politique : les campagnes noires, le marketing viral, la campagne d’Obama, etc. 

Je reste à votre disposition pour tout renseignement complémentaire.

Bon travail et bonne chance à tous !


Philippe Bensimon

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15 avril 2011

Wesford - Lyon — Communication du développement durable

logo_wesford_gros

 

Ce powerpoint est destiné aux étudiants en seconde année de Master Développement durable de Wesford (Lyon) qui suivent mes cours de communication du développement durable cette année.  Il s'agit de votre support de cours. Vous pouvez le télécharger en cliquant sur le lien ci-dessous. Ce document n'est pas destiné à la diffusion. Vous noterez que pour être riche, ce diaporama n'est pas complet. Il ne remplace en aucun cas le cours et les notes que vous avez prises durant celui-ci. Ce document ne sera maintenu en ligne que durant quelques jours. Notre prochain cours aura lieu le mercredi 4 mai 2011 de 14h à 18h. Il se terminera par un quiz qui servira de base à votre évaluation, et qui portera sur l'ensemble du cours. En cas de difficulté, je suis à votre disposition jusqu'au 4 mai pour répondre à vos questions.

Bon courage à tous !

Ph Bensimon. D'ici là, bon courage à tous !

 

Ph Bensimon

 

Pour télécharger le document, cliquez sur le lien ci-dessous : 

Communication_du_DD_2011

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30 décembre 2010

Adaptation du marketing politique aux techniques disponibles dans un pays donné

Un lecteur dont je tairai l'identité m'envoie aujourd'hui le message suivant :
"Bonjour Mr. Bensimon,
Je m'intéresse de très près à votre offre commerciale concernant le marketing politique. En particulier aux travaux de recherches concernant son adaptation aux pays du tiers monde. Vous n'êtes pas sans savoir qu'ici (NDR : un pays dont j'ai retiré le nom ), certains ouils de communications ne sont pas encore vraiment développés (internt)et une grande marge des électeurs demaure dans la précarité et l'analphabétisme. Une qustion se pose : comment adapter efficacement cette notion de marketing politique à nos Etats ?
Merci de partager avec mo vos réflexions.
Cordialement"
Cette question est intéressante et pose de façon très générale le cas de l’adaptation du marketing politique aux spécificités d’un pays donné. Voici un extrait de la réponse – hélas succincte – que j'ai donnée à ce lecteur :
  "Merci de l’intérêt que vous portez à mon blog. Je suis déontologiquement mal à l’aise pour vous répondre aujourd’hui, étant sur le point d’effectuer des formations au marketing politique dans votre pays. Si ce projet ne se concrétise pas, je pourrai davantage échanger avec vous. Cependant, et sans trahir un secret, je peux vous dire que le marketing politique, comme le marketing commercial auquel il emprunte bon nombre de ses techniques, est avant tout un état d’esprit – bien plus qu’un ensemble de techniques. Autrement dit, l’absence de certains outils dans votre pays ne pose pas de réel problème. L’exemple d’Internet que vous citez est excellent : le marketing politique a commencé bien avant l’arrivée d’Internet... Et peut très bien se passer de lui. Les techniques sont au service des stratégies (et surtout pas l’inverse)."
Certains auteurs attribuent au marketing politique une date de naissance si situant au XXe siècle (par exemple 1952 avec la campagne d'Eisenhower aux USA). Personnellement, je ne suis pas aussi net... J'estime que le marketing politique est lié à la politique dès lors que le candidat au pouvoir (ou son détenteur) a besoin du soutien de tout ou partie d'une population pour arriver à ses fins. Autrement dit, ça remonte très, très loin... même si ceux qui utilisaient le marketing politique le faisaient dans le savoir, à la manière de M. Jourdain. Et les techniques à leur disposition étaient bien sûr bien moins nombreuses que celles que nous utilisons aujourd'hui.



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Rémunération d'un intervenant

Un lecteur de ce blog m'a envoyé aujourd'hu le message suivant :

"Bonjour,je viens de lire, votre réponse, très claire,  à une question concernant les élections.  Et en l'absence de mémento disponible sur le site de la préfecture je me permet de vous adresser la question suivante : dans le cadre d'une campagne peut-on  rémunérer un intervenant invités pour un débat public ? et si non existe-t-il des "biais" 

Dans l'attente d'une réponse Je vous remercie et vous souhaite une bonne fin d'année.
Bien cordialement"

C'est une question récurrente, et la réponse est clairement "oui". C'est le cas par exemple pour un animateur. Le fait que vous soyez candidat dans le cadre d'une campagne électorale implique simplement si vous avez l'obligation de présenter un compte de campagne d'y faire figurer cette dépense, et, bien sûr, que celle-ci ne vous fasse pas dépasser votre plafond de campagne...

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06 décembre 2010

Marketing politique — 3A — Support de cours

 

Logo_3A

 

 

 

 

 

 

Ce message est destiné aux étudiants en cinquième année Good Governance de 3A Lyon qui suivent mes cours de marketing politique depuis quelques semaines. Voici le support de cours. En cas de difficulté, n'hésitez pas à me contacter.

Notre prochain cours à lieu le jeudi 9 novembre  2010 de 13h à 17 h. D'ici là, bonne lecture et bon courage à tous !

 

Ph Bensimon

 

Pour télécharger ce document, cliquez sur le lien ci-dessous :

Conf_rence_mark_po_3A

 

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26 octobre 2010

Wesford - Lyon — Communication politique

 

logo_wesford_gros

 

Ce powerpoint est destiné aux étudiants en seconde année de Master Communication de Wesford (Lyon) qui ont suivi mon cours de communication politique le 19 octobre 2010.  Il s'agit de votre support de cours. En cas de difficulté, n'hésitez pas à me contacter.

Notre prochain cours à lieu le 5 novembre 2010 de 13h à 17 h. D'ici là, bon courage à tous !

 

Ph Bensimon

 

Pour télécharger le document, cliquez sur le lien ci-dessous : 

Conf_rence_mark_po_2010

 

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19 octobre 2010

Wesford - Lyon — Communication des collectivités territoriales

 

logo_wesford_gros

Ce powerpoint est destiné aux étudiants en seconde année de Master Communication de Wesford (Lyon) qui ont suivi mon cours de communication des collectivités territoriales depuis le 8 septembre 2010.  Il s'agit de votre support de cours. En cas de difficulté, n'hésitez pas à me contacter.

Notre prochain cours à lieu le 2 novembre 2010. D'ici là, bon courage à tous !

 

Ph Bensimon

 

Ce support ne restera pas très longtemps en ligne. Pour télécharger le document, cliquez sur le lien ci-dessous :

Communication_des_CT_WSFL10_1a

 

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