13 août 2008
Marketing politique — Jusqu'où peut-on abuser la confiance des électeurs ? – Le Tibet, Sakozy, Kaas et Goebbels
Jusqu’où peut-on abuser la confiance des électeurs ? Le problème n’est pas nouveau. Si ma mémoire est bonne, Goebbels, reprenant un passage du Mein Kampf d’Hitler, disait déjà : « plus le mensonge est gros, et mieux il passe ». L’Algérie française a été un bon exemple de ces mensonges : De Gaulle savait qu’il n’y avait pas de place pour un département d’Algérie, et que l’avenir consistait dans une Algérie indépendante, avec des liens aussi étroits que possibles avec la France. François Mitterrand avec le mensonge de Tchernobyl qui a coûté la vie à de nombreux Français et à commencé à générer des plaintes contre l’Etat a donné un autre exemple de gros mensonge. Mais le mensonge de Mitterrand était un mensonge sans risque : son ambition n’était pas de se présenter aux élections de 2012.
Les mensonges de Sarkozy, élevés au rang de programme de communication, sont plus risqués : ils ne tiennent pas la route plus de quelques mois avant d’être démasqués. On a vu ainsi lors de la soirée mémorable du 6 janvier le président élu dénoncer avec un sourire cynique les mensonges du ministre candidat, avouant n’avoir aucun moyen d’action sur le pouvoir d’achat : les caisses de l’Etat sont vides et le président n’a aucun moyen d’action sur les entreprises. Plus récemment, pour contrer la pression de l’opinion publique lui reprochant de s’être déculotté devant la Chine sur la question du Tibet, le président du pays des Droits de l’Homme avait déclaré qu’il ne se rendrait pas à Canossa (Pékin en français) si les rapports entre le Dalaï-Lama et la Chine n’évoluaient pas. A ma connaissance, rien n’a évolué, et le plus bling-bling de nos hommes politiques n’a rien trouvé de mieux que d’aller à la cérémonie d’ouverture des J.O. Fallait vraiment qu’il n’ait rien de mieux à faire. Pour expliquer cela, il a eu en fin de semaine dernière un discours remarquable, disant en substance qu’il fallait aider, accompagner la Chine dans son évolution vers le respect des Droits de l’homme. Hilarant. Si ce n’est que les tibétains font les frais d’un ethnocide dont personne ne veut se préoccuper, et que le fait que la France « accompagne » la Chine leur fait une très belle jambe. Vendredi dernier, François Hollande déclarait avec humour : « la France vient de gagner sa première médaille aux J.O. de Pékin, celle de l’hypocrisie ». Les tibétains apprécieront. Ecœurant. Le Dalaï-Lama a été reçu partout, par Georges Bush (pourtant pas un champion des Droits de l’Homme), par Angela Merkel, etc. Nicolas Sarkozy est le seul à avoir refusé de le recevoir.
Officiellement, le DL n’a pas soumis de demande officielle, pour ne pas mettre la France en porte-à-faux vis-à-vis de Pékin. Ce matin, le chef spirituel, qui est aussi chef du gouvernement tibétain en exil, a été reçu au sénat par les deux groupes parlementaires chargés du Tibet. La réception n’a pas eu lieu dans l’hémicycle, mais dans un simple bureau, ce qui a rappelé la visite du commandant Massoud, autre défenseur de la liberté que la France a joyeusement écarté. Ce matin, le Canard enchaîné titrait à propos de celui qui a reçu le prix Nobel de la paix : « L’évité d’honneur ». Le prix Nobel n’est pas décerné en France… Cette réception sans faste sera le seul intermède politique de 12 jours de visite en France du Dalaï-Lama. A la fin de sa visite, on lui concèdera une entrevue dans l’Hérault avec Carla Bruni-Sarkozy. Elle pourra lui parler de son nouveau CD, et tenter de négocier avec lui une traduction en tibétain… Le député socialiste Manuel Valls se disait hier « pantois » devant les subtilités de la diplomatie française, et regrette que Sarkozy n’ait pas insisté pour recevoir le DL. Il ignorait alors une nouvelle qui est tombée ce matin : le président français recevra le Dalaï-Lama le 10 décembre, lorsque la vitrine médiatique des JO se sera refermée et que l’audience du DL sera redevenue quasi inexistante. Ironie du sort ou choix cynique du président, le 10 décembre est l’anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, faite à Paris en 1948… Cette déclaration que Jeane Kirkpatrick, devant le décalage entre les postures des hommes politiques et leurs actions, dénonçait comme « la lettre du Père Noël ». (Photo : Eleanor Roosevelt tenant la traduction en espagnol de la déclaration)
On savait déjà que la réception par la Chine au printemps d’un émissaire du DL était une mise en scène destinée à faire taire l’opinion publique internationale tant que les J.O. ne seraient pas terminés. Jeux qu’il y a quelques jours à 10h06 sur France-Info, un journaliste victime d’un lapsus linguae baptisait « Jeux Politiques de Pékin », avant de se reprendre piteusement. Freud aurait apprécié. Au-delà des faits, on peut s’interroger sur l’avenir de notre pays, avec à sa tête un président tout en paillettes, chaussures de luxe et faux-semblants, devenu incapable de dire « non » à ce qui ressemble fort à un crime contre l’humanité.
Depuis plusieurs années, je propose à mes clients de prendre une position visant à responsabiliser la classe politique. Le jour où le mandat électif sera un vrai mandat, avec une obligation pour un élu de respecter ses promesses sous contrôle d’une commission indépendante, et où la parole d’un chef d’Etat, d’un premier ministre ou d’un membre du gouvernement engagera sa responsabilité civile et pénale, là, la classe politique redeviendra crédible. Aujourd’hui, la parole d’un Sarkozy ne vaut plus rien.
Ce « rien » suffira-t-il à le faire réélire en 2012 ? Hitler l’avait compris, les peuples veulent du rêve. Gageons que Sarkozy saura trouver d’ici quatre ans un mensonge encore plus gros que celui du pouvoir d’achat. Nul n’est plus crédule que celui qui veut croire, et les électeurs ont la mémoire très courte. Kaas/Goldman le disent très bien, parlant « …des mensonges et des bêtises qu’un enfant ne croirait pas. Il me dit que je suis reine, et pauvre de moi j’y crois ». Bref, on comprend mieux pourquoi la responsabilisation des politiques est un vieux serpent de mer, qui émerge de temps en temps pour disparaître presque aussitôt.
Ph Bensimon
Liens à consulter sur le web :
1994/45. Projet de déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtone
http://www.unhchr.ch/huridocda/huridoca.nsf/(Symbol)/E.CN.4.SUB.2.RES.1994.45.Fr?OpenDocument
...et l’article Génocide : http://www.operationspaix.net/-Genocide-
13 juillet 2008
Citation à méditer
"Quand tant de gens suspectent votre discours, c'est pas le monde entier qui a tort, c'est peut-être vous qui devez faire votre introspection."
Nicolas Sarkozy
06 juillet 2008
Vers la fin du droit de grève ?
Hier soir, au JT de 20 h, TF1 a diffusé ces images extraordinaires : Nicolas Sarkozy annonçant, tout sourire et très fier de lui : "La France change beaucoup plus vite qu'on ne le croit. Désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s'en aperçoit !"
Le droit de grève est reconnu depuis la Loi Ollivier du 25 mai 1864. C'est grâce aux grèves répétées de générations de Français que nous avons pu obtenir et défendre un droit du travail équitable et nos acquis sociaux : la réduction du temps de travail à 8h par jour, la sécurité sociale, un système éducatif performant, etc. Le droit de grève est si important qu'il a été inscrit dans la Constitution en 1946 comme un « principe particulièrement nécessaire à notre temps », et étendu à la fonction publique d'où il était initialement absent par arrêt du Conseil d'État (l’arrêt Dehaene du 7 juillet 1950). Beaucoup de gouvernements de droite se sont attaqués ces dernières années au droit de grève, par l'instauration de "services minimum" en contradiction avec la Constitution. A l'étranger, le pire exemple a été donné par l'Angleterre de Margaret Thatcher et les Employment acts de 1980 et 1982 qui ont pratiquement réduit à néant le droit de grève.
En France, il n'est pas innocent que ce soit ce même gouvernement Sarkozy qui s'attaque en même temps à la durée du travail, à la sécurité sociale, à l'éducation nationale et au service minimum, à l'indépendance des chaînes de télévision, au pouvoir d'achat des Français qu'il rogne par l'impôt, etc.
Tout cela est-il en rapport avec la petite taille de notre président ? Une analyse psychologique du personnage serait intéressante à ce sujet. Toujours est-il que la récession qui nous guette n'est pas qu'économique. La France est en train de perdre en quelques années ce qu'elle a mis des siècles et du sang à construire.
03 juillet 2008
Ingrid Betancourt libérée
Ingrid Bettancourt vient d’être libérée. Hier soir à 21h16 heure française, le ministre de la Défense colombienne, Juan Manuel Santos, a annoncé sa libération par l'armée colombienne. La Franco-colombienne était retenue depuis le 23 février 2002 par les FARC-EP (photo). La politicienne, ancienne élève de Dominique de Villepin à l’IEP,pourrait bien être la prochaine présidente de la Colombie. Un avion de la république française, avec à son bord Bernard Kouchner et la famille d’Ingrid Bétancourt, devrait s’envoler aujourd’hui pour la Colombie.
02 juillet 2008
Thèmes de campagne — A contre-courant : la télé sans pub est un non-sens
En moins de quinze jours, on a eu coup sur coup deux annonces, tout aussi épouvantables l’une que l’autre pour le pouvoir d’achat des Français : l’annonce de la suppression en janvier 2009 de la publicité sur les chaînes publiques, suivie de peu de celle, toute aussi néfaste, de la suppression du remboursement des médicaments de confort pour les malades atteints d’affections de longue durée. Au passage —pour faire bon poids ? — on nous a asséné lundi la nomination par l’Elysée du directeur des chaînes publiques, une autre horreur qui nous ramène quarante ans en arrière. Je reviendrai cette semaine sur ce blog sur ces différents points, y compris la reculade du directeur de la Cnam deux jours après l’annonce de la suppression du « 100 % » sur les médicaments de confort dans le cadre des ALD (affections de longue durée).
Pour ce soir, je voudrais commencer par commenter l’idée sarkozienne de supprimer la publicité des chaînes publiques.
1. La suppression de la publicité télévisée sur les chaînes publiques. C’est une véritable horreur. Au risque d’aller à contre-courant des idées reçues, je soutiens que la publicité est nécessaire sur les chaînes de télévision :
– elle fournit un financement important, qui est gratuit pour le particulier. L’annonce de Nicolas Sarkozy d’un financement des chaînes publiques par une taxe de 0,9 % sur les chiffres d’affaire des opérateurs de téléphonie mobile et des providers d’Internet est de la poudre jetée aux yeux des Français. Il s’agit bel et bien d’un nouvel impôt qu’ils vont payer. Il n’a pas fallu 24 heures aux opérateurs de téléphonie mobile et aux providers pour annoncer qu’il répercuteraient illico la nouvelle taxe sur les consommateurs. A partir de janvier prochain, Nicolas Sarkozy crée donc un nouvel impôt.qui touchera directement les Français, un nouvel impôt injuste qui frappera encore une fois sans distinction de revenus. Pire, ce sont les jeunes, utilisateurs les plus importants mais aussi les moins fortuné des deux produits visés qui souffriront le plus ;
– La publicité améliore la qualité des programmes. Les chaînes financées par la publicité se battent entre elles pour faire de l’audience, et avoir le maximum d’auditeurs, car c’est l’audience qui attire les annonceurs et leurs budgets publicitaires. Quoi qu’on en pense, l’audience est quand même un signe de qualité, c’est-à-dire de la capacité d’un produit à répondre mieux qu’un autre aux attentes de ses clients. Et ce n’est pas un hasard si les films de qualité à gros budgets passent sur TF1 plutôt que sur les chaînes publiques. Même à un niveau plus « intellectuel », les émissions de qualité comme Capital, Culture pub, etc., ont été créées sur M6 et pas sur A2 ou FR3. Donner à une chaîne un financement public fixe financé par l’impôt, c’est lui donner carte blanche pour faire n’importe quoi, sans la sanction du marché ;
– La publicité est une vitrine ou de jeunes réalisateurs font leurs débuts. Le marché du court-métrage n’est pas suffisant, et le financement des longs métrages est un risque financier important. La pub offre des débouchés pour les jeunes réalisateurs, que la suppression des écrans publicitaires des chaînes publiques va supprimer ;
– La publicité est une vitrine, et une vitrine de qualité. Pensez à la qualité technique et créative des campagnes Perrier, par exemple. Si Culture Pub a duré si longtemps, si chaque année la Nuit des Publivores attire tant de monde, si Canal a consacré des émissions au Festival international du film publicitaire de Cannes, c’est que la publicité n’est pas si « gênante » que ça. Il y a des gens qui aiment ça, et qui regretteront que Maurice ne soit plus là pour dépasser la limite des bornes. Surtout, la qualité des pubs, imposée par les annonceurs qui y associent l’image de leurs produits, s’imposait naturellement aux émissions qu’elles côtoyaient.
– La publicité permet aux annonceurs de vendre leurs produits. Faites le meilleur produit du monde dans votre petit coin, si vous ne faites pas de pub, personne n’en achètera, si ce n’est un ou deux voisins qui en auront entendu parler. Vous ferez rapidement faillite et vos salariés se retrouveront au chômage. La pub permet aux entreprises de vivre, et de faire vivre leurs salariés. Supprimer les spots publicitaires est donc anti-économique. Si encore on pouvait espérer que tous les écrans publicitaires supprimés des chaînes publiques se retrouvent sur TF1, M6 et Canal, et que tout le monde les regarde. Mais bien sûr, ce ne sera pas le cas. D’une part le nombre de fois où un film est interrompu par de la pub est limité par les réactions de mécontentent chez les téléspectateurs ; d’autre part, on ne peut pas demander aux spectateurs de déserter complètement les chaînes publiques, même si après une telle ânerie elles le mériteraient ;
– Les annonceurs qui passent leurs pubs à la télé ne le font pas par philanthropie. Ils le font parce que c’est pour eux le média le plus rentable et qu’ils en ont besoin. La suppression d’une part importante des écrans publicitaires français va avoir une double conséquence : a) renchérir le prix des écrans restants, en supprimant une part de la concurrence entre les chaînes et en créant une rareté qui n’a pas lieu d’être. Le surcoût que paieront les annonceurs sera répercuté – devinez sur qui ? Sur les Français, par le biais des produits de grande consommation vendus par la télé. b) rallonger le délai de réservation des écrans publicitaires. La télé n’est déjà pas le média le plus réactif…Entre le prix prohibitif et des délais inacceptables, des annonceurs télé vont devoir se tourner vers des médias moins efficaces pour eux, qui leur rapporteront moins d’argent. Devinez comment ils feront pour retrouver leurs bénéfices, et qui paiera en définitive la facture ? Vous avez gagné (façon de parler !).
– On a entendu aussi parler d’une hausse « légère » de la redevance. Je crois de 3 € l’an prochain (je ne peux pas l’affirmer). Encore, une hausse injuste, indépendante des revenus, et qui va toucher de plein fouet les plus défavorisés de ceux qui la paieront, notamment les personnes âgées pour lesquelles la télé est parfois le seul lien avec le monde extérieur.
En conclusion, je peux affirmer que la télévision sans publicité, c’est une télévision plus chère pour le consommateur, et qui sera de moins bonne qualité. Ce sera aussi un facteur inflationniste, qui contribuera un peu plus à restreindre le pouvoir d’achat des Français. C’est un retour en arrière, aux débuts de la télévision, qui conforte ce que disait il y a quelques mois un analyste politique : Nicolas Sarkozy, sous un activisme apparent, est en fait un président aux idées profondément rétrogrades, qui va ramener la France quarante ans en arrière. Nous verrons dans les articles suivants que les deux autres décisions prises la semaine dernière confirment cette analyse.
21 juin 2008
TIPP, croissance en 2008, inflation, marché de l'immobilier...
Quelques chiffres en vrac sur l'économie française :
1. La TIPP a rapporté à l'Etat français 17 milliards d'euros en 2007. En gros, cela représente un impôt de 270 € par personne, un peu plus bien sûr pour les ruraux qui ne peuvent pas se passer de leur véhicule et pour tous ceux dont le travail est éloigné de leur domicile. Rapporté à un ménage moyen, cela représente un peu plus de 593 euros par an. C'est un impôt énorme pour quelqu'un qui touche le smic.
2. Ca fait longtemps qu'on le sait, l'Etat est un incorrigible optimiste, qui établit des budgets sur des prévisions de recettes farfelues, liées à une croissance irréaliste. Comme chaque année, le couperet de l'Insee vient de tomber : la croissance en France pour 2008 sera de 1,6 %, avec une inflation de 3,2 %.
3. Le marché de l'immobilier est un bon indicateur. En France, ce marché ralentit, quelques mois après celui des USA. Notamment, les commandes de logements neufs sont en chute libre, de 20 à 30 % selon les secteurs. Dans une ville comme Toulouse, de nombreuses agences ont mis la clé sous la porte cette année. Les taux d'intérêt vont augmenter – sans doute autour de 5 % pour un prêt sur 20 ans. Cependant, on n'assiste pas à une baisse globale des prix du marché. Dans certains secteurs (Ile-de-France par exemple) la hausse se poursuit, mais sur un rythme qui n'a rien à voir avec celui des années précédentes. Les biens de bonne qualité se vendent toujours. Simplement, les délais de vente des biens immobiliers s'allongent : compter aujourd'hui de 6 à 9 mois.
18 juin 2008
Thème de campagne (déconseillé !) — Journée mondiale sans tabac
Sur le thème "Une jeunesse sans tabac", la journée mondiale anti-tabac a eu lieu samedi 31 mai. Sans grand succès. Les buralistes reconnaissent que leur chiffre d’affaire ne diminue pas ce jour-là.
Difficile quand on est « accro » d’arrêter de fumer. En activant le « système de récompense » du cerveau et la sécrétion de dopamine, et la production d’harmane et de norharmane (antidépresseurs), le cocktail contenu dans une cigarette en fait un produit à fort pouvoir addictif, comparable à celui de l’héroïne.
La dépendance se crée généralement durant l’adolescence. Celui qui arrive à 21 ans sans avoir touché au tabac devient rarement un gros fumeur. Ce qui fait des jeunes la cible privilégiée des cigaretiers.
A 19 ans, la moitié des jeunes fument. Beaucoup ont connu dès onze ans leur première cigarette. Dès l’administration d’une seconde dose de nicotine, le nombre de récepteurs à la nicotine s’élève considérablement dans le cerveau, entraînant très rapidement des modifications cérébrales. Les deux tiers des jeunes fumeurs d’une étude américaine présentaient des symptômes de dépendance à la nicotine, avec un fort sentiment d’addiction et une envie impérieuse de fumer, de l’irritabilité et de l’anxiété. 20 % d’entre eux avaient vu les signes de la dépendance survenir dans les quatre semaines suivant la consommation de la première cigarette, mais la dépendance peut survenir beaucoup plus vite : quelques jours seulement pour certains collégiens.
Désastreuse pour le cœur, la peau, la respiration, les performances physiques et les finances des ados, la cigarette continue cependant à faire des ravages chez les jeunes. Facilement contournable, l’interdiction de la vente de tabac aux moins de 16 ans (loi du 31 juillet 2003) n’a peut-être fait que renforcer la détermination des jeunes fumeurs français. Il y a quelques années, les jeunes Français de 12 ans détenaient le record du tabagisme en Europe pour leur classe d’âge. En assimilant la cigarette à la séduction, à la liberté (celle de transgresser l’interdit parental), et au passage à l’age adulte, les cigaretiers s’appuient sur des motivations très fortes chez les jeunes. Une étude conduite en France en 2003 a montré que les jeunes appréciaient de plus en plus le côté « social » du tabagisme (« celui qui fume a beaucoup d’amis »), tandis que le fait de ne pas fumer donnait de plus en plus l’image du « premier de la classe ». Efficaces sur les très jeunes fumeurs (12-13 ans), les spots anti-tabac n’ont que peu d’effet sur les « 14-15 ans ». Interrogés, les jeunes sont demandeurs d’images « gores », poumons noircis, etc. Mais quel usage en font-ils ? Certes, globalement, la cigarette régresse petit à petit chez les jeunes depuis 1977, principalement à cause des hausses de prix. Mais de façon insuffisante, et avec des modes de substitution inquiétants : ivresse, « binge drinking », utilisation conviviale du narghilé, estimé — à tort — moins dangereux que la cigarette, etc..
Chez nos voisins Suisses, le problème n’est guère différent. Une étude de 1998 a montré que le nombre de jeunes fumant au moins une fois par semaine a, depuis 1986, triplé chez les écoliers de 13 ans et doublé chez ceux de 15 ans. Un tiers des 13 à 14 ans a déjà allumé au moins une cigarette, et qu’un deuxième tiers le fait avant 17 à 18 ans. 40 % des 15-24 ans sont devenus des fumeurs, avec généralement des motivations « sociales » (motivations avouées). 60 % d’entre eux ont dit avoir « pensé à s’arrêter », mais bon nombre d’entre eux n’y sont pas parvenus. Il faut dire que la Suisse a pris un certain retard dans la lutte contre le tabagisme. Ainsi, il faudra attendre le 1er juillet 2008 pour voir effective l’interdiction de fumer dans les lieux publics du canton de Genève, initiative votée le 26 février de cette année.
Le cow-boy de Marlboro, depuis sa création en 1957, a sans doute fait à lui seul plus de victimes que toute la « conquête de l’Ouest ». En France, fumer réduit en moyenne l’espérance de vie de 8 ans. Un fumeur sur deux mourra d’une maladie longue et douloureuse liée au tabac. Un fumeur sur quatre voit son espérance de vie réduite de vingt ans. Pour un non-fumeur, vivre avec un fumeur est un exercice périlleux : cela augmenterait de 26 % son risque de cancer du poumon, et de 23 % son risque d’infarctus. Gilles Halais notait sur France Info il y a quelques jours que « Le tabac a tué 100 millions de personnes à travers le monde au cours du XXe siècle. Au rythme actuel, il en tuera un milliard au cours de ce siècle, plus de 8 millions par an d’ici 2030, dont 80 % dans les pays en voie de développement. En France, le tabac tue chaque année 66.000 personnes. »
Dernière innovation du marketing du tabac : les « cigarettes bonbons » au goût sucré (vanille, chocolat, fruits) : « Pink Elephant », « Black Devil » font un tabac chez les très jeunes fumeurs. La ministre de la Santé, de la jeunesse et des sports Roselyne Bachelot a dit qu’elle aimerait bien les voir interdire. Mais le gouvernement fera-t-il quelque chose ? La réponse est probablement non.
Depuis Henri IV, une loi (jamais abrogée) interdit la vente de « l’herbe à Nicot ». Mais personne n’envisage sérieusement de fermer les bureaux de tabac : chaque paquet de tabac vendu rapporte de l’argent à l’Etat. Ce n’est pas un hasard si la principale réponse de l’Etat au tabagisme a toujours été la hausse du prix des cigarettes. L’Etat est le principal dealer de drogues psycho-actives en France. Notez au passage que, comme tout dealer qui se respecte, il mène une lutte impitoyable contre ses concurrents.
Il est temps aujourd’hui que les gens réalisent le fossé qui se creuse entre leur intérêt et celui de l’Etat qui les gouverne, appuyé par un certain nombre de médias. Prenons l’exemple des morts sur les routes. Sous prétexte de se préoccuper des quelques centaines de morts liées chaque année à une vitesse excessive, l’Etat a mis en place des batteries de radars, sans cesse plus nombreuses. Une affaire très rentable (pour lui), qui a mis a mal 56.000 familles en 2006, et beaucoup plus l’an dernier. Il n’a rien fait ou presque pour sauver les 66.000 victimes annuelles du tabac, les 3.500 morts liées au tabagisme passif — l’interdiction de fumer dans les lieux publics est arrivée tard, et n’est pas suffisante — et continue à passer sous silence les 35.000 morts qui seraient chaque année dues à l’abus de sel dans les aliments. Sans compter celles liées à la consommation d’alcool. Pourtant, ces morts ont un coût social très lourd. Mais il se trouve que ce coût n’est pas financé par l’impôt, mais par la Sécu, c’est-à-dire vos cotisations. Un calcul terrifiant, qui conduit à mettre d’une main toujours plus de radars sur les routes, et de l’autre à distribuer la mort par l’intermédiaire des buralistes.
16 juin 2008
Thème de campagne : essence et société (suite...)
Les routiers mécontents ont mené aujourd’hui une centaine d’opérations escargots sur les routes de France. Vont-ils voir le gouvernement accepter de baisser les taxes qui paralysent notre économie ? Rien n’est moins sûr. Leur problème n’est de toute façon pas prêt d’être résolu. Le baril a frôlé aujourd’hui son record à 140 $. Et même si l’Arabie, détentrice de la majorité des ressources mondiales de pétrole, a décidé d’augmenter sa production de 200.000 barils par jour, rien ne dit que cela suffira a faire baisser durablement les cours. Seule certitude : l’Arabie n’a pas intérêt à maintenir des cours trop élevés : juste suffisamment modérés pour ne pas trop engager ses clients à se tourner vers des énergies de substitution.
13 juin 2008
Comment reconstruire une image : Chirac fait son come-back.
Après un an de silence, Jacques Chirac revient en force : coup sur coup, on apprend cette semaine qu’il a déjeuné avec Sarkozy, et qu’il vient de lancer officiellement lundi sa fondation, symboliquement au Musée du quai Branly qui est aussi un peu son œuvre et l’emblème de son septennat.
Cette fondation « entend agir en priorité dans les domaines de la responsabilité écologique, la solidarité, le dialogue des cultures et des civilisations ». Elle soutiendra des initiatives « concrètes » dans les domaines de :
- l’accès à l’eau
- l’accès aux médicaments de qualité
- la lutte contre la déforestation et la désertification
- la sauvegarde des langues et des cultures menacées.
Jacques Chirac estime que ces quatre domaines seront les piliers de la paix dans le monde.
Un comité d’honneur impressionnant a répondu à l’appel du président Chirac, qui fait là un « come-back » très réussi : .
- Kofi Annan, Ancien Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies,
- Fernando Henrique Cardoso, ancien Président de la République fédérative du Brésil,
- François Cheng, Membre de l’Académie française,
- Joaquim Alberto Chissano, ancien Président de la République du Mozambique,
- Jean Chrétien, ancien Premier ministre du Canada,
- Abdou Diouf, ancien Président de la République du Sénégal, Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie,
- Bronislaw Geremek, député européen, ancien ministre des Affaires étrangères de Pologne,
- Enrique Iglesias, ancien Président de la Banque interaméricaine de développement, actuellement Secrétaire général du Secrétariat ibéroaméricain,
- Lee Kuan Yew, ancien Premier ministre de la République de Singapour, dont il est
désormais Ministre Mentor,
- Federico Mayor, ancien Directeur général de l’Unesco,
- Rigoberta Menchu Tum, Prix Nobel de la Paix en 1992,
- Youssou N’Dour, artiste,
- Rajendra Kumar Pachauri, Président du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC), Prix Nobel de la Paix en 2007,
- Andrés Pastrana Arango, ancien Président de la République de Colombie,
- Andrea Riccardi, Professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Rome III, il a fondé à Rome la communauté catholique de Sant’Egidio,
- Ismaïl Serageldin, Directeur de la Bibliothèque d’Alexandrie,
- Ely Ould Mohamed Vall, ancien Chef de l’État mauritanien,
- Vaira Vike-Freiberga, ancienne Présidente de la République de Lettonie,
- Muhammad Yunus, Fondateur et Directeur de la Grameen Bank, Prix Nobel de la Paix en 2006.
On pourrait croire que ça allait s’arrêter là. Mais ce n’est pas fini :
le député UMP des Yvelines Henri Cuq, un de ses fidèles, a annoncé mardi la création avant la fin de l’année d'une association qui rassemblera « tous ceux qui partagent ses valeurs et se retrouvent dans ses combats ». En tant que membres fondateurs, Jacques Toubon, l'ex-ministre Nelly Ollin, le sénateur Josselin de Rohan et l'ancien PDG de Schneider Electric Henri Lachmann devaient se réunir aujourd’hui « pour mettre les statuts à jour ». L’association, qui sera présidée par Henri Cuq, s’appellera « Avec le président Chirac » (c’est le nom de l’association). Le député Cuq se défend de vouloir créer un « courant ». Il s’est sûrement trompé dans le choix du nom de son association…
Et ça continue…
La très sérieuse agence Reuters, dans un communiqué repris par l’Express, annonce que la Fondation Chirac soutient le projet de l’ONG TFT 5 (Tropical forest trust) de fournir une station radio aux Pygmées de la forêt congolaise. Cette ONG « a développé avec la Congolaise industrielle du bois et l'appui de la Banque Mondiale une méthodologie unique qui permet aux populations indigènes pygmées d'indiquer par GPS à la compagnie forestière qui exploite la concession dans laquelle elles vivent les ressources qui sont importantes pour elles. »
Le journaliste Gérard Bon note sur le site de l’Express : « Ainsi, les arbres sacrés, les arbres dont l'écorce est utilisée pour préparer des médicaments ou encore les zones de chasse et de pêche sont répertoriées par les populations elles-mêmes. » L’entreprise est censée les respecter et les protéger de la destruction. Seul problème (mais on l’a sûrement envisagé, n’est-ce pas ?), la culture du dialogue est antinomique avec le dialogue des cultures. L’implantation de cette radio, et le lien qu’elle créera avec la « civilisation », va anéantir la culture pygmée aussi sûrement que les tronçonneuses et autres machines-outils. Ca y mettra sans doute un peu plus de temps, on aura la conscience un peu moins dérangée, mais il ne faut pas être grand clerc pour prévoir que dans cinquante ans, les quelques survivants de la tribu serviront de guides aux touristes et quémanderont leurs dollars pour leur faire visiter « le dernier des arbres sacrés ». Avant de se retirer pour boire du Coca dans leurs HLM.
Revenons à nos moutons. Fini, Jacques Chirac ? A soixante-quinze ans, le vieux lion a encore de la ressource, et il est bien possible qu’il se positionne dans le futur comme celui qui sauvera la France des griffes de Nicolas Sarkozy, ou à défaut — il est âgé — un sage écouté. Le journaliste et écrivain Franz-Olivier Giesbert le voit désormais comme «une sorte de père de la nation. » En tout cas, sa cote de popularité suit le chemin inverse de celle de Nicolas Sarkozy.
Quoi qu'il en soit, il faudra se souvenir dans les années qui viennent que s'il y a bien eu un tandem efficace en matière de communication politique, c'est celui qu'avaient formé Jacques Chirac et sa fille Claude.
08 juin 2008
Marketing politique : le logement devient un thème incontournable
Un sixième village de chalets destinés aux sans-abri vient d’être créé cette semaine. Ces villages font suite au mouvement initié par les Enfants de Don Quichotte. Le logement est en train de devenir un problème clé de notre société, en lien avec le pouvoir d’achat et la fracture sociale. Aujourd’hui, un salaire ne suffit plus à se loger dans certaines régions (Haute-Savoie, Côte-d'Azur, grandes villes, etc.). En Ile-de-France, 30 % des SDF auraient un emploi.
Lors des élections municipales de mars 2008, le logement était déjà la préoccupation majeure des électeurs des grandes villes. Dans les années qui viennent, ce thème va devenir incontournable.

