bhutto

« Je n’ai pas vécu jusqu’à mon âge pour me laisser intimider par des kamikazes. Une bataille fait rage au Pakistan, une bataille pour les cœurs et les esprits d’une nouvelle génération, une bataille pour l’avenir du Pakistan en tant que nation démocratique. La nouvelle génération choisira la modération ou l’extrémisme, elle choira l’éducation ou l’illettrisme, elle choisira la dictature ou la démocratie, la tolérance ou la bigoterie. Elle choisira aussi entre la paix et la guerre. Je suis revenue au Pakistan la semaine dernière afin de mener ce combat pour la démocratie. Avec le sang de mes partisans répandu dans la rue et sur nos vêtements, je réaffirme notre engagement au service de ces valeurs ».

Benazir Bhutto, ancien premier ministre du Pakistan est morte hier après-midi, assassinée lors d'une réunion électorale du Pakistan People Party à Rawalpindi, dans la banlieue sud d'Islamabad. A deux pas de l'endroit où son père avait été pendu en 1979. A 54 ans, Benazir Bhutto était rentrée voici quelques semaines dans son pays. Très populaire parmi le peuple pakistanais, elle faisait campagne contre Pervez Musharraf, réélu à la tête du pays, et surtout contre les fondamentalistes musulmans, en promettant d'«éliminer la menace islamiste» du pays. Le 18 octobre, elle avait déjà été visée par un attentat. Le 25 novembre, elle annonçait sa candidature dans la circonscription sud de Karachi pour les élections législatives du 8 janvier 2008. Elle savait parfaitement quels risques elle courrait en continuant son combat. Je rends hommage au courage et à l’engagement de Madame Bhutto.

Benazir Bhutto a été inhumée cet après-midi dans un cercueil en bois, entourée de ses partisans. Ceux-ci sont partagés entre la colère contre Al-Quaida, que le gouvernement de Pervez Musharraf rend responsable de l’attentat, et la colère contre ce dernier, qui n’a pas voulu assurer la sécurité de son opposante.
Quelles que soient les responsabilités dans ce meurtre qui fait bien les affaires du pouvoir en place, on ne peut qu’être admiratifs devant l’engagement de cette femme, qui a conduit jusqu’au bout son combat, et a accepté de faire le sacrifice de sa vie pour le triomphe de ses idées.

On est bien loin de la classe politique française, avide de salaires plus que d’idéaux, et de ceux de ses membres prêts à renier amis et convictions pour assurer leur réélection et les avantages financiers qui vont avec. Mais peut-être un pays a-t-il la classe politique qu’il mérite. Si les électeurs français sanctionnaient systématiquement ceux qui retournent leur veste en trahissant leurs anciens amis, et tous ceux qui ont trempé dans diverses magouilles visant à privilégier leur intérêt personnel au détriment de celui de leurs électeurs, peut-être aurions nous plus d’hommes et de femmes politiques de la trempe de Benazir Bhutto.

Il y eut une époque dans notre pays ou un homme politique était « une légende en marche ». Benazir Bhutto avait cette dimension charismatique. Là où d’autres incarnent une fonction, elle représentait des valeurs, un projet, un avenir pour le Pakistan et les pays voisins. Le 8 janvier, celle qu'on surnommait "l'incomparable", "la sultane", ou tout simplement "BB" avait toutes ses chances de devenir une nouvelle fois chef du gouvernement. Le Pakistan, et avec lui l’ensemble de la communauté démocratique, vient de perdre un élément clé de son avenir.

Philippe Bensimon