Physique : c’est le mot qui convient pour une campagne électorale. Quelle qu’elle soit. Un proche de François Bayrou me disait au mois de mars 2007 qu’il avait déjà perdu 8 kilos depuis le début de la campagne. Les candidats perdent des kilos ; leurs consultants aussi. Les dernières semaines s’étant passées en nuits blanches et en journées de travail intensif, j’avoue avoir pris un peu de repos ces jours-ci. C’est pourquoi vous n’avez pas trouvé sur ce blog d’analyse vraiment fouillée des dernières élections.
Grosso modo, quelques remarques : Dans les communes de moins de 3500 habitants (la majorité), le scrutin ne peut avoir qu’une lecture locale. Sans y mettre rien de péjoratif, c’est « une histoire de clocher ». Les gens connaissent souvent personnellement les candidats, notamment les sortants, et ont ou n’ont pas quelque chose à leur reprocher.
Ce sont les villes de plus de 30.000 habitants qui doivent être lues véritablement comme porteuses d’un message concernant les grandes formations politiques : à défaut de connaître les candidats, on vote pour les étiquettes qu’ils représentent. Ce n’est bien sûr pas complètement vrai (les programmes et la gestion des sortants pèsent dans la balance), mais disons que c’est plus vrai que dans les petites communes. Au soir du second tour, on a de suite noté le passage à gauche de Reims, Amiens, Metz, Périgueux, etc. On trouve aujourd’hui un maire de gauche à Saint-Etienne, Saint-Denis de la Réunion, Quimper, etc. A Amiens, Gilles de Robien a clairement payé son soutien à Nicolas Sarkozy durant les présidentielles, et peut-être, dans une moindre mesure, sa politique de grands travaux.
A gauche toujours, Martine Aubry a été facilement réélue à Lille : une réélection attendue, qui lui ouvre les portes de la succession éventuelle de François Hollande à la tête du PS, une succession pour laquelle elle n’a pas caché son intérêt. Guerre donc entre Ségolène Royal, Martine Aubry, Delanoë, etc. En effet, chacun d’eux sait aujourd’hui que c’est la clé des prochaines présidentielles : on ne peut plus aujourd’hui gagner une grande élection sans le soutien d’un parti. Dans le cas du PS, on a vu en 2006/2007 que tout y restait à construire : à commencer par une unité, puis des méthodes, des protocoles, etc. On est encore très loin d’une machine de guerre performante. Mieux que le Modem, certes, mais encore loin derrière l’UMP.
Parmi les candidats pourvus d’ambition présidentielles, François Bayrou a perdu à Pau. De peu (400 voix), mais perdu quand même. Le pire est que les alliances ambiguës n’ont pas laissé une bonne image du Modem : selon un sondage publié sur FR3 le 16 mars, 60 % des Français la jugent « opportuniste ». Or, c’est bien la dernière chose dont François Bayrou, un des dernières figures de la politique française à véhiculer une image d’intégrité, avait besoin. Le pire étant que bon nombre de ses militants ont du mal à suivre : une bonne part ont rejoint ses rangs à partir de la gauche, certains étant même des « anti-sarkozystes primaires », et comprennent mal le jeu des alliances qui font qu’habitant ici ils ont du s’allier à l’UMP, alors que s’ils avaient vécu là, ils auraient pu faire une liste indépendante ou s’allier à des gens neutres ou de gauche en respectant leurs convictions.
Du côté des « Verts », la percée n’est pas vraiment là. Alors qu’en Suisse, les partis écologistes ont su tirer leur épingle du jeu et progresser face à la montée de l’extrême droite, en France je n’ai pas eu le sentiment d’un mouvement comparable. Certes, Dominique Voynet à gagné la mairie de Montreuil, certes, par endroits, on a vu des députés UMP se faire battre aux cantonales par un Vert (Grosperrin dans le Doubs, par exemple), mais on ne peut pas à mon sens parler d’un réel renforcement des mouvements écologistes. Comme le déplorait Dominique Voynet à propos des suites du Grenelle de l’environnement, l’écologie, on en parle mais cela ne se traduit pas dans les faits.
Finalement, que peut on dire de ces élections, et quelles leçons en tirer pour l’avenir ?
1. nier la montée de la gauche, ou la minimiser comme l’ont fait les commentateurs de l’UMP au soir du second tour me paraît mal venu. Parler d’un retour « normal » du balancier, « rééquilibrant » les choses après la vague bleue de 2001 n’a pas grand sens : les électeurs n’ont pas vocation à aller un coup à gauche puis un coup à droite comme des pendules. La seule chose qui les fait changer d’avis est leur mécontentement face à une situation jugée allant de mal en pis ;
2. tout le monde s’accorde à dire que l’attitude de Nicolas Sarkozy, en rupture à la fois avec ses promesses électorales et avec les attentes des Français a coûté des points à la droite. Beaucoup comme Gaudin à Marseille ont fait le choix de ne pas communiquer sur l’UMP, jugée un partenaire peu porteur, voire dangereux à trop afficher ;
3. Enfin, l’attitude du Président et du Gouvernement à sa suite est pour le moins curieuse : tantôt ces élections sont jugées locales, et ne véhiculant aucun message, tantôt on accepte d’y voire un message, mais en affirmant qu’on on n’en tiendra aucun compte, car les Français ne pourront juger de l’action du gouvernement qu’à la fin du quinquennat. Enfin, un sommet a été atteint le soir du 16 mars, quelqu’un dont je tairai le nom allant jusqu’à dire que ce vote à gauche était un encouragement donné au gouvernement à poursuivre les réformes, « en allant encore plus vite. » Avec Marie-Georges Buffet, j’aurais tendance à dire que « si les Français voulaient accélérer les réformes de Nicolas Sarkozy, ils ne voteraient pas massivement à gauche. »Même si je n’emploierai pas le terme « massivement » pour qualifier un mouvement qui relève quand même plus de la simple houle que du tsunami.