Thèmes de campagne — Protection santé
Nicolas Sarkozy a annoncé jeudi à Neufchâteau le début de sa « réforme de l’hôpital ». Les hôpitaux qui ne répondront plus à une série de critères seront « reconvertis » selon les termes du président.
La "recomposition" de la carte hospitalière va aboutir d'un côté au recentrage des grandes structures sur les interventions les plus complexes, de l'autre à la « reconversion » des petits établissements, par exemple dans "la prise en charge du grand âge et de la dépendance".
Bien que Nicolas Sarkozy ait affirmé que cette réforme, « ce n'est pas la fermeture des hôpitaux », le secteur hospitalier est inquiet. Il en va de même des comités pour la défense des hôpitaux de proximité, et l'Association des maires de France (AMF), qui espère que la réforme « n'ait pas pour objet ni pour effet de vider les petits hôpitaux de leurs services médicaux et chirurgicaux ».
De son côté, Bruno-Pascal Chevalier (cf. vidéo supra), un patient atteint du sida, qui fait la « grève des soins » depuis maintenant sept mois, a appelé samedi dernier les assurés sociaux à manifester à Paris et en Province en déposant des boîtes de médicaments devant les préfectures. Ceci pour protester contre la franchise de 50 centimes d’euro par boîte de médicament et par acte paramédical, et de 2 euros par transport sanitaire (avec un plafond de 50 euros par an et par personne). Cette franchise — de fait, une taxe — est destinée à financer, selon le gouvernement, la lutte contre la maladie d'Alzheimer et le cancer.
Elle s’ajoute au forfait d'un euro sur chaque consultation ou acte médical mis en place en 2004, qui est lui aussi limité à 50 euros par an et par personne, et au déremboursement de plus en plus de médicaments. le président d'Aides (sida) dans le Bas-Rhin Jean-Michel Meyer, estime que ces mesures représentent "une barrière dans l'accès aux soins".
Dans le même ordre d’idées, Roselyne Bachelot a annoncé dimanche soir au Grand Jury RTL-Le Figaro qu’elle entendait faire sortir l’optique du remboursement de la Sécurité sociale. Avec comme argument que de toute façon l’optique est déjà très mal remboursée, et que les mutuelles n’ont qu’à la prendre en charge. Le bruit a couru ce jour-là sur les ondes qu’elle aurait dit que les Mutuelles avaient multiplié par deux leurs bénéfices en quatre ans. Quelques heures après dans une interview diffusée sur France-Info le ministre affirmait qu’elle n’en savait rien. Enfin, nouveau bémol : suite au tollé général soulevé par ce propos, l’Elysée lui a demandé des éclaircissements, et une « question d’actualité » lui a été posée mardi soir. Après avoir tenté de jouer les amnésiques («Où les commentateurs ont-ils trouvé cela ?») le ministre a fini par admettre que le sujet était « en réflexion », et aboutirait « à l’automne ». «Ce que je veux», a conclu le ministre, «c'est renforcer la prise en charge des dépenses d'optique (…) de nos concitoyens les plus modestes». Drôle de manière d’y arriver.
Plusieurs choses méritent d’être dites à ce sujet :
1. Les mutuelles se voient contraintes depuis plusieurs années à accroître leurs fond propres, pour atteindre un ratio de solvabilité qui leur est imposé sous peine de perdre leur agrément. Ce ratio ne cesse de croître, les derniers objectifs étant fixés dans le cadre de Solvancy II. Il représente pour les usagers des mutuelles à la fois une sécurité (contre le risque de faillite) et un double risque : à court terme, la course aux foçnds propres engendre une hausse des tarifs des contrats ; à moyen terme elle contraint les mutuelles à fusionner à tour de bras, créant une concentration du marché et diminuant la concurrence. Il ne faut donc pas s’étonner si les mutuelles voient leurs résultats s’améliorer : elles le font au détriment des usagers, sous la contrainte et pas forcément de gaîté de cœur.
2. Les mutuelles ne travaillent pas à perte. Quand la Sécurité sociale rembourse des lunettes, elle le fait avec un peu d’argent prélevé sur des petits salaires, et beaucoup d’argent prélevé sur des gros salaires. Quelque chose de relativement équitable, et déjà prélevé. Quand Roselyne Bachelot envisage de ne plus rembourser l’optique, elle n’assortit pas pour autant la mesure d’une baisse des cotisations, mais crée une charge supplémentaire à l’égard des particuliers. Et quand elle propose au secteur mutualiste de prendre en charge complètement l’optique, elle oublie que ce secteur est financé par des contrats onéreux que beaucoup déjà n’ont pas les moyens de se payer. Toujours les mêmes : les plus pauvres. Ceux-là désormais n’auront même plus le droit à la vue. D’autre part, les mutuelles seront obligées de répercuter la charge sur leurs contrats. Là encore, la frange la plus pauvre des souscripteurs de contrats vont se voir obligés de faire des choix draconiens, et certains n’arriveront plus à financer ceux-ci. On va de plus en plus vers une médecine à deux vitesses, les couches les plus défavorisées de la société perdant l’accès aux soins.
3. Enfin, prendre comme argument que l’optique est déjà mal remboursée pour la supprimer carrément est inepte : l’Etat doit-il se débarrasser de toutes ses fonctions régaliennes, simplement parce qu’il à jusqu’à présent choisi de les sacrifier à d’autres priorités ? Jusqu’où peut-on aller avec de pareilles réflexions ?

Le droit à la santé est inscrits dans notre Constitution, qui reprend dans son préambule le texte suivant :
« La Nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement.
Elle garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. »

Ce texte fait partie d’un ensemble qui est placé tout en haut, au sommet de notre pyramide juridique, au-dessus même des traités internationaux. C’est un texte qui s’impose à tous, et prime sur toute autre loi ou règlement. Il serait bien, quand un président (dont la première tâche fut d’augmenter son salaire), un ministre et quelques députés décident de mettre à mal notre système de protection santé qui fut le meilleur du monde, qu’ils relisent ces textes fondateurs de notre pacte social. Après tout, si les Français paient l’impôt, c’est bien dans le cadre d’un pacte social ; et ils sont en droit d’attendre que l’Etat remplisse sa part du contrat. Si un peu plus de gens allaient voir ou louaient l’excellent documentaire engagé de Michael Moore « Sicko », peut-être réaliseraient-ils avec horreur le type de société vers lequel nous conduit l’actuel président, et la nécessité de revenir aux textes fondateurs de notre République.