DominiqueBussereauCarburants : qui va payer la facture ? Dominique Bussereau n’a pas réussi hier à calmer les routiers étranglés entre les charges sociales et la hausse du coût du carburant.

Il y a un peu plus d’un an (23 mai 2007), Dominique Bussereau inaugurait son poste de secrétaire d’Etat chargé des transports en envisageant la suppression des panneaux signalant la présence d’un radar automatique. "On voit bien que les automobilistes diminuent leur vitesse et dès que la zone est terminée, ils appuient sur le champignon. On peut se demander si à un moment, il ne faut pas les supprimer" avait-il déclaré, révélant ainsi que la volonté du ministère n’était pas de réduire la vitesse — même temporairement — aux endroits dangereux, mais de coller des PV.

Le populaire président du conseil général de la Charente-Maritime, toujours chargé des transports, a annoncé hier une série de mesures destinées à calmer les professionnels de la route, plus qu’irrités par la hausse du carburant qui va mettre près de 5000 d’entre eux au chômage cette année :
1. Répercuter sur les clients la hausse des carburants : en cas de refus du client de voir figurer le surcoût carburant dans la facture, celui-ci se verrait ponctionner d’une amende pouvant aller jusqu’à 15.000 euros. C’est un renforcement de la loi de 2006 qui autorisait déjà les transporteurs à répercuter leurs surcoûts. Bien sûr, à ce petit jeu de dominos, a perdu le dernier qui ne peut pas répercuter : le consommateur final. A noter que le problème du transport international n’est pas résolu pour autant : au prix où sont les carburants en France, les transporteurs français cessent d’être compétitifs au plan européen et perdent régulièrement des marchés depuis le début de l’année. L’Unostra rêve que Nicolas Sarkozy profite de sa présidence de l’Union européenne pour imposer à celle-ci une taxation uniforme des carburants sur le modèle de la France : un phantasme. La taxation des carburants est la pire erreur économique que l’on puisse faire ; il y a peu de chance pour que l’Europe suive Sarkozy dans un modèle qui a déjà montré sa faillite et renonce à sa compétitivité.
2. Rembourser plus vite la part de TIPP que l’Etat ristourne aux routiers, et étaler les charges sociales. Celles-ci, parmi les plus fortes d’Europe, fragilisent§ considérablement le secteur. Mais leur étalement — si la situation de l’entreprise le justifie, et sur examen d’un dossier — n’est qu’un emplâtre sur une jambe de bois. Ainsi que le remarquait cet après midi la représentante de l’Unostra, cela ne fait que quelques mois de trésorerie. En fait, c’est reculer pour mieux sauter. Sans minimiser l’importance que revêt pour toute entreprise la trésorerie, le problème actuel n’est pas là : il s’agit de l’équilibre du compte d’exploitation des entreprises de transport, menacé par les charges incompressibles liées au carburant et aux charges sociales.
3. Dominique Bussereau propose enfin une concertation avec les sociétés autoroutières afin d’établir des tarifs « plus modérés » et des « actions spécifiques en faveur du transport routier ». Seul hic : les autoroutes ont été privatisées (encore une belle erreur, qui prive les Français de tout espoir de voir un jour leurs autoroutes devenir gratuites à l’instar de leurs voisins suisses), et leurs actionnaires ne vont pas voir d’un bon œil disparaître une partie de leurs revenus au profit de routiers étranglés par l’Etat.

Cet ensemble de mesures, on le devine, n’a pas vraiment satisfait la profession. La Fédération nationale du transport routier parle de mesures « pipeau », notant que certaines étaient déjà dans les tuyaux depuis longtemps. Son président annonce pour le 16 juin « un mouvement national de protestation », qui pourrait voir 3000 à 5000 véhicules bloquer les routes dans des opérations de type « escargot ». (Crédit photo : David Mendiboure - Service photo de Matignon)