29 janvier 2009
Rachida Dati, accouchement, polémique et société. Déphasage…
Pourquoi parle t’on tant de l’accouchement de Rachida Dati et de son retour si précipité aux affaires de l’Etat ? Voilà le sujet d’une discussion passionnante que j’ai eue voici une dizaine de jours avec une amie.
D’abord, pourquoi parle-t-on tant de Rachida Dati, et beaucoup moins de Rama Yade ou de Fadela Amara, deux autres femmes du gouvernement ?
Il y a plusieurs raisons à cela.
La première est que, plus que les deux autres, Rachida Dati est devenue un symbole : celui de la femme qui réussit, et celui de la possibilité pour un individu issu de l’immigration de sortir de son ghetto.
Mais, me direz-vous, ne peut-on pas en dire autant de ses deux collègues, dont on parle beaucoup moins ?
En fait, la position de Rachida Dati et sa manière d’être modifient complètement la donne. D’abord, Rachida Dati a dès le début été perçue comme une proche de Sarkozy, voire très proche. Certains ont parlé de ses relations avec son ex-femme Cécilia, une rumeur d’aventure avec le président a même circulé. Ensuite, Rachida Dati est beaucoup plus dans le « paraître » et la brillance que ses deux consœurs. Elle aime les bijoux, les tenues haute couture (même si elle semble avoir eu du mal a les rendre à certain couturier qui les lui prêtait), et n’hésite pas à les porter en public dans une période de crise où une élégance meilleur marché serait peut être mieux perçue (à se sujet, cf. Michelle Obama).
Elle a accepté volontiers de faire la une des journaux, et on l’a vue s’étaler, seule ou en famille, dans les pages des magazines, à commencer par Paris-Match. Elle a joué de son image, misant sur la starification pour amorcer une carrière politique qu’elle me semble vouloir aller au-delà de son ministère actuel.
Enfin, sa vivacité, liée peut-être à sa jeunesse, son inexpérience du management d’équipes et – il faut bien le reconnaître – son manque d’empathie vis-à-vis de ses administrés et de la société actuelle en général font qu’un certain nombrer de « couacs » on contribué encore un peu plus à la mettre sur le devant de la scène.
Voilà pourquoi on parle d’elle, sans doute plus et plus volontiers que des autres femmes du gouvernement. Il y a une sorte de cercle vertueux dans la « peoplisation » : plus on parle de vous et plus vous êtes connu ; et plus vous êtes connu et plus on parle de vous. Le tout est d’amorcer la pompe ; Rachida Dati l’a fait.
Cela dit, tout n’est pas expliqué dans ce qui précède ; une fois « défalquée » l’incidence du statut médiatique du ministre, il reste plusieurs points à analyser, véritables phénomènes de société.
Pourquoi le retour précipité de Rachida Dati à son poste a-t-il fait tant de bruit alors que le choix de la couleur de sa dernière toilette est passé complètement inaperçu ? Trois raisons me semble expliquer ce fait : l’une est liée au sujet lui-même, une autre au traitement qu’il a reçu de la part du ministre, une troisième au contexte dans lequel il a lieu.
Le premier point est la naissance d’un enfant. Un rédacteur en chef américain affirmait il y a quelques années que les enfants étaient l’un des trois thèmes les plus vendeurs de la presse. Pas étonnant que les gens en parlent, à la fois parce que ça les intéresse, et aussi parce que la presse en parle. Autre cercle auto-alimenté.
Le deuxième point est le traitement de la situation par le ministre, placé devant une situation prévisible mais pas forcément confortable. Sans être pédopsychiatre, je pense pouvoir dire que la naissance est forcément un traumatisme. Le passage d’un univers chaud et connu à un autre univers nettement plus froid et où tout reste à découvrir – avec les risques et les frustrations que cela comporte – n’est sans doute pas une partie de plaisir pour le bébé. En terme d’apprentissage et de découverte du monde, sa principale base de sécurité, celle à partir de laquelle il s’en ira explorer l’univers, et celle vers laquelle il reviendra chercher la sécurité, c’est sa mère, à laquelle il est relié par l’empreinte. La sentir disparaître – même si c’est pour sauver le monde, ou plus vraisemblablement son poste – doit sans doute rajouter une bonne dose de stress et d’angoisse chez le nouveau-né abandonné à son sort, voire même peut-être freiner son désir de découverte en le privant de sa base de repli. En tout état de cause, laisser son enfant dans les premiers jours de son existence peut se justifier de diverses manières, mais sûrement pas par l’intérêt de l’enfant.
Le troisième et dernier point est le qualificatif de « précipité » concernant son retour. Le congé maternité est un acquis social récent. Nos ancêtres n’en avaient pas entendu parler, pas plus que les vaches ou les blés de l’éleveuse de bétail ou de l’agricultrice. Pas évident d’expliquer à une vache en train de véler que la personne qui la soigne habituellement est en congé maternité. Et que dire du discours à tenir au grain de raisin qui hurle qu’on le récolte, pour le faire tenir seize semaines de plus sur la vigne ? Il y a des professions dans lesquelles la tradition et les contraintes faisaient que les femmes se reposaient peu après l’accouchement. Aujourd’hui encore, je serais curieux de savoir combien de femmes exerçant des professions libérales ou le métier de chef d’entreprise s’octroient près de quatre mois d’absence de leur cabinet ou de leur bureau.
Valérie Pécresse doit détenir la réponse à cette question, puisque le cas Dati l’a incitée sans rire à demander à la mi-janvier que les ministres (qui ne sont pas des salariés) bénéficient d’un congé spécial de maternité de seize semaines. Dès lors, de deux choses l’une : ou bien les ministres ne sont pas les plus aptes à remplir leur tâche, et on ferait aussi bien de les virer tout de suite pour les remplacer par des personnes plus compétentes et plus difficiles à remplacer, et poursuivre le processus jusqu’à ce que la simple idée d’un quelconque remplacement à ce poste soit complètement incongrue ; ou bien c’est la tâche de ministre qui est si facile qu’elle ne demande aucune compétence particulière. Quand on voit le jeu de chaises musicales auquel ressemblent de plus en plus les remaniements ministériels, on se dit de plus en plus que la seconde hypothèse doit être la bonne. Mais alors, pourquoi payer au-dessus du smic ces OS de l’administration ? A défaut de savoirs techniques, on pourrait leur prêter des compétences managériales ; mais les rapports de Rachida Dati et Xavier Darcos avec leurs administrés montrent bien que ce n’est pas le cas.
Plus sérieusement, plus personne ne croit à l’importance des qualités d’un ministre, Valérie Pécresse comme les autres. Et l’époque est révolue où les jeunes loups aux dents longues passaient leurs temps entre deux avions, privilégiant leur carrière au détriment de leur vie privée ou familiale. Fini, le temps de la France de l’aventure. La panne de l’ascenseur social, l’absence de garantie de l’emploi, le manque de visibilité au sein des entreprises ont fini par tuer le carriérisme. N’obtenant plus de l’entreprise la reconnaissance dont ils ont besoin, les « homo maslowicus » se sont rabattus vers d’autres groupes, famille, associations, etc.
Il fut un temps où Rachida Dati, sacrifiant son enfant pour sa carrière et le bien de l’Etat, aurait fait figure d’héroïne, symbole d’une génération pour laquelle tout était encore possible. Aujourd’hui, alors que, quoi qu’on tente de faire croire, les choses sont de moins en moins possibles – les grandes écoles, seule voie actuelle vers l’ascenseur, recrutent par exemple aujourd’hui à 80 % chez les enfants des élites, contre 50 % il y a un demi-siècle – son attitude paraît atypique, hors normes, en décalage avec les aspirations actuelles des Français. En tout cas, seize semaines sans Rachida Dati ne semblait pas une épreuve insurmontable pour Valérie Pécresse. Cette dernière s’est sans doute aussi posé la question de l’importance que pouvait revêtir pour l’enfant la présence de son père durant les premiers jours de sa vie, et la nécessité de créer un congé paternité pour les hommes politiques, calqué sur le modèle dont bénéficient les salariés. En particulier, je la vois bien allant proposer un texte de loi instaurant un congé paternité pour le chef de l’Etat, auquel on peut souhaiter un avenir fécond avec sa nouvelle épouse. Pour une fois, le PS ne ferait sans doute pas d’obstruction… (crédit photo : Benjamin Lemaire)
Ph. Bensimon
28 janvier 2009
Cours de marketing politique et idées politiques personnelles : rien à voir – Réponse à Titophe
En commentaire d'un message qui n’était pas destiné à rester sur ce blog de façon pérenne, Titophe n'a envoyé cette intéressante réaction. Cela mérite une réponse, et je souhaite que celle-ci puisse être maintenue en ligne après la disparition du message destiné aux étudiants de l'ESC Reims.
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Message commenté : Cours de marketing politique — support de cours
Et l'éthique?
Bonjour Philippe,
J'ai visionné vos slides et je me pose la question suivante: Et l'éthique là dedans? Convaincre ou plutôt déclencher un geste chez l'électeur est une chose effectivement intéressante pour un candidat. Mais vous ne parlez à aucun moment de ses propres motivations (du candidat).
Qu'est-ce qui amène un individu à entrer en politique?
Quelles sont les valeurs ou les dimensions humaines qui caractérisent ou plutôt qui sont partagées par des prétendants à un scrutin?
Ce cours me semble très centré sur les attentes de l'électeur, souvent inconscientes (image, forme). Mais c'est effectivement plus un cours de manipulation ou tout simplement de publicité ou la dimension du service aux autres (la politique) est absente.
Titophe
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Bonjour Titophe,
Plusieurs choses me semblent importantes à préciser :
1. Mes cours sont des cours de marketing politique et non de politique. C'est ce qui explique que "la dimension du service aux autres (la politique) est absente".
Bien sûr, durant ce cours on n'arrête pas de parler de politique et de politiciens. Mais c'est sans porter le moindre jugement de valeur sur les idées et les idéaux en politique. Le seul objectif du marketing politique – et c'est en cela qu'il rejoint le marketing des PGC dont il découle – est de faciliter l'élection et la réélection d'un candidat, et éventuellement d’améliorer l’image d’un homme politique. On trouve là un ensemble de stratégies et de tactiques qui peuvent être mises en place aussi bien pour la gauche que pour la droite – pour peu qu’elles soient compatibles avec les images concernées.
2. Le marketing politique est au service du candidat et de l’homme politique en général. C'est lui, avec son éthique, qui choisira en définitive telle ou telle technique, telle ou telle tactique ou stratégie en fonction de ses objectifs et de ce qu'il est prêt à faire. Parler des motivations du candidat n'a à ce stade (celui du cours) aucun intérêt. Parler de l'éthique du conseiller en marketing politique est beaucoup plus intéressant ! C'est cette éthique qui fait qu'il acceptera ou non de travailler avec n'importe quel candidat ou de faire n'importe quoi.
3. Sur les motivations des candidats, il y aurait beaucoup à dire... en dehors du cours. Sans trahir un secret, la soif du pouvoir, le désir de puissance se retrouvent chez de nombreux candidats. En marketing politique, on les considère comme des contraintes internes au système, des données avec lesquelles on est obligé de composer. Or, l’absence de sincérité se perçoit. Même si les électeurs se font régulièrement duper, par les plus habiles des hommes politiques – ou les moins maladroits –, un certain nombre d’entre eux voient leur carrière freinée par une image trop visiblement axée sur la quête du pouvoir.
Vous écrivez aussi : "Ce cours me semble très centré sur les attentes de l'électeur, souvent inconscientes (image, forme). Mais c'est effectivement plus un cours de manipulation ou tout simplement de publicité." Ce cours utilise naturellement les apports du marketing (le marketing politique, c'est avant tout du marketing appliqué à la politique, même s’il y a des spécificités), avec toujours comme but de jouer sur la notoriété et l'image du « produit », pour améliorer la carrière d'un candidat ou obtenir son élection. En ce sens, on peut parler de manipulation, mais guère plus que lorsque vous regardez une pub pour une marque de lessive ou un soda à la télé. Quand vous buvez un Coca-cola, avez-vous en même temps l'impression d'être manipulé ? Et pourtant si, un tout petit peu. Parfois, en marketing politique, la manipulation peut prendre des aspects beaucoup plus dangereux.. Dans ces cas-là, j'explique aux étudiants la vision de Machiavel de l'éthique. Encore faut-il que le volume horaire du cours que j'anime (entre 6 et 30h cette année selon les établissements) m'en laisse le loisir.
Pour en revenir au début de ma réponse, je dirais que oui, vous avez raison, la dimension politique est totalement et volontairement absente de mes cours. Mais peut-il en être autrement ? Imaginez-vous un professeur enseignant le marketing des produits de grande consommation tout en émettant des jugements de valeur sur Coca-Cola ou Marlboro ? J’ai mes propres opinions, mais un cours n’est en aucune façon le lieu pour les exprimer.
Amicalement,
Philippe Bensimon.
16 janvier 2009
Euromed – cours de marketing politique – exposés
Ce message est destiné aux étudiants d’Euromed en marketing politique qui n’ont pas encore intégré un groupe pour les exposés. Voici la liste des neuf exposés, les numéros des séances durant lesquelles ces exposes auront lieu – sachant que la séance 1 a eu lieu le mercredi 14 janvier – et le nombre des places disponibles à ce jour dans les groupes qui réaliseront ces exposés.
1. Sondages, (1 place disponible) séance 2
2. Autres moyens d’information (1 place disponible), séance 3
La presse (1 place disponible), séance 4
4. L’affichage (3 places disponibles), séance 5
5. Ségolène au Zénith (1 place disponible), séance 6
6. Le financement des campagnes électorales aux USA (complet), séance 7
7. Underdog – bandwagon (2 places disponibles), séance 8
8. Les comptes de campagne (7 places disponibles), séance 9
9. La campagne d’Howard Dean (complet), séance 10
Ces exposés seront notés, et cette note fera partie intégrante de votre note de l’électif « marketing politique ».
Attention donc à plusieurs points importants :
- Les groupes de travail sont « saturés » et fermés à l’inscription dès qu’ils atteignent sept membres.
- En l’absence d’inscription à un groupe de travail d’ici mercredi prochain (séance 2), vous serez inscrit d’office au groupe le moins rempli (actuellement le groupe 8 « les comptes de campagne »).
- Pour vous inscrire vous devez me contacter par e-mail, soit directement à partir de ce blog (« contactez l’auteur »), soit par l’intermédiaire de votre messagerie habituelle. Dans ce cas, mon e-mail est : bensimon.philippe@wanadoo.fr.
- Dans le cas ou plusieurs personnes s’inscrivant sur un groupe dépasseraient son seuil de saturation, les inscriptions seront retenues dans leur ordre d’arrivée sur ma messagerie, et les personnes en surnombre informées dès que possible de la nécessité pour elles de faire un autre choix.
- En l’absence de participation à un groupe de travail, la note est zéro.
Je vous souhaite un bon travail à tous, et vous remercie pour la qualité de votre écoute et de votre participation lors de la séance 1 du 14 janvier.
Je profite aussi de ce message pour vous adresser mes meilleurs vœux pour l’année 2009 !
Au mercredi 21 janvier pour la séance 2,
Cordialement,
Philippe Bensimon

