Le blog de Philippe Bensimon

Blog de Philippe Bensimon, conseil et professeur en stratégie et en communication, spécialisé depuis 2000 en marketing politique.

11 février 2009

Incohérences

Incohérences
Ces dernières semaines ont été remarquablement mal ficelées en termes d’image du côté du gouvernement. Ca a commencé par Rachida Dati, qui, après avoir fait des pieds et des mains pour conserver son poste ministériel et éviter le placard doré des européennes, a fini par céder aux pressions et a annoncé qu’il était bien normal pour un ministre d’aller défendre les idées de son parti devant les électeurs. Ce discours a dû lui arracher la gorge ! Ca a continué le même jour par Xavier Darcos, qui après avoir annoncé qu’il ne reculerait jamais a fini par… reculer. On a ensuite eu droit à la suppression de la pub en soirée sur les chaînes publiques, censée être compensée par une augmentation modique de la redevance (une mesure qui, soit dit en passant, va complètement à l’encontre d’une sortie de crise par la hausse du pouvoir d’achat des bas revenus). Si quelques euros de hausse de la redevance suffisaient à équilibrer les comptes des chaînes, pourquoi dès lors leur allouer 450 millions d’euros par an sur deux ans ? En fait, c’est quelques euros par foyer plus 450 millions d’euros qui vont être demandés chaque année aux contribuables au titre d’un confort visuel que personne (hormis le chef de l’Etat) ne souhaitait vraiment, et que peu avaient l’envie de payer.
Dernier en date des problèmes concernant l’image du gouvernement, le statut des enseignant-chercheurs, A nouveau, il n’est pas question pour nous d’analyser le fond de la réforme : seuls les aspects communicationnels nous intéressent. On a déjà parlé ici de la méthode Rambo. Valérie Pécresse a pris ici la succession du valeureux marine, et a annoncé durant ces dernières heures que son texte méritait d’être « retravaillé ». Ca veut dire quoi ? Qu’il était bâclé ? Insuffisamment travaillé ? Mais alors… Faut-il une mobilisation extraordinaire des Français concernés, de près ou de loin, pour que le gouvernement se rende compte de son erreur ? Si les mouvements n’avaient pas été aussi durs, un texte qui mérite d’être « retravaillé » serait-il passé en l’état ? Combien de ces textes inadéquats sont-ils passés durant ces derniers mois ? Si les téléspectateurs étaient descendus dans la rue, aurait-on découvert que les textes sur le financement des chaînes publiques et la nomination de leur chef par l’Elysée étaient « insuffisamment travaillés » ? D’autre part, le ministre s’obstine a vouloir mettre coûte que coûte sa réforme en vigueur à la rentrée. Est-ce une attitude logique ? L’idée selon laquelle mieux vaut une mauvaise réforme que pas de réforme du tout est-elle viable ? C’est le genre de questions qui mine la crédibilité et l’image d’un gouvernement.

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Jeudi noir...

Jeudi noir…
Jeudi dernier, Nicolas Sarkozy a donné une conférence de presse qui a été particulièrement suivie : 15 millions de spectateurs contre 12 millions pour la précédente. Cela montre l’importance des attentes des Français vis à vis du chef de l’Etat, considéré par eux comme celui qui peut sortir le pays de la crise et redonner aux citoyens le pouvoir d’achat nécessaire. Malheureusement, l’image que le président de la République a donné de lui ne correspondait pas à ces attentes, et la sanction a été immédiate : chute dans les sondages. Le problème de Nicolas Sarkozy aujourd’hui est double : d’une part, il faudrait qu’il donne une trajectoire, une impulsion pour sortir de la crise, donc qu’il montre en comprendre les causes. Or, on assiste à un saupoudrage, plutôt en faveur des classes aisées et du patronat. La suppression de la taxe professionnelle, vieux serpent de mer de la politique que personne n’a jamais osé appliquer, en fait partie. C’est un cadeau fait au patronat, qui est le seul à s’en féliciter. Normal, comme les communes dont c’est parfois 45% des recettes vont devoir chercher ailleurs leurs subsides, on se doute que d’autres impôts – locaux ou autres – vont augmenter. Des impôts qui risquent d’être moins bien ciblés, et de toucher les citoyens sans tenir compte de leurs revenus.
Le plan de soutien à l’industrie automobile (6,5 milliards d’euros !) est du même acabit. Or, l’industrie automobile n’a pas de gros besoins en investissement. La crise actuelle n’est pas une crise de l’investissement, ni celle d’un manque de compétitivité, c’est une crise du pouvoir d’achat et de la consommation. Michel Serre n’aime pas le terme « relance », au motif que la sortie d’une crise ne ramène jamais au statu quo ante et que vouloir revenir en arrière est utopique, voire néfaste. Il a parfaitement raison. Cela dit, donner du pouvoir d’achat aux gens les moins favorisés, ceux qui n’épargnent pas et qui consomment tout ce qu’on leur donne, en leur rendant une part de leur argent (baisses d’impôt, allocations, etc.), voilà qui a du sens. Si la consommation reprend, les ventes tireront la production, la production tirera l’embauche, l’embauche tirera le pouvoir d’achat, et le cercle vertueux sera amorcé. Je ne dis pas que cela se passera comme cela, mais l’idée se défend. Maintenir sous perfusion l’industrie automobile ne donnera pas aux Français les moyens ni l’envie de s’acheter de nouvelles voitures. Ca maintient en vie artificiellement le malade (l’industrie automobile, les banques, etc.), mais ça ne le soigne pas. Et ça appauvrit d’autant l’hôpital qui finance… en l’occurrence les contribuables, vivants et à venir.
Le second problème auquel se heurte en termes d’image Nicolas Sarkozy a pour nom… Barack Obama. Même si son plan de relance met un peu de temps à être voté, et même si pour cela on a le sentiment que le nouveau président américain repart plus ou moins en campagne, on a le sentiment que Barack Obama sait où il va : son plan – même s’il est discutable, de toute façon on n’est pas ici dans un blog d’économie – est cohérent. Il est massif (et on sait que les demi-mesure ne mènent à rien, il y a des « tickets d’entrée » à payer), et l’image qu’il s’est forgée est suffisante pour assurer à son plan la crédibilité nécessaire auprès du public. Il respecte le principe de concentration des forces, et, surtout, il respecte le principe de Machiavel : gouverner en s’appuyant sur son peuple. Les Français ne peuvent pas s’empêcher de faire la comparaison entre les moyens mis en œuvre pour leur venir en aide (la promesse de supprimer la première tranche d’imposition), et ceux mis en œuvre par Barack Obama pour venir en aide aux Américains.
Or, en cette période de crise, c’est bien là que le bât blesse : en se coupant de son peuple par une image trop « bling-bling », et des mesures exclusivement destinées aux plus riches et à ses amis industriels (Bolloré, Lagardère, Bouyghes), Nicolas Sarkozy c’est coupé des Français. Là où les Espagnols (pas mieux lotis que nous en termes de chômage et de crise) soutiennent leur gouvernement, les Français réagissent par des grèves sectorielles ou générales. Le fait que le chef de l’Etat dans sa conférence de jeudi dernier ait fait l’impasse sur la situation explosive des DOM-TOM, sur le paquet fiscal, etc. est symptomatique. Les Français, désormais à l’affût des moindres signaux, n’ont pas laissé passer : la confiance a disparu.

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Connotations

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France Info a diffusé la semaine dernière une info intéressante : le chef de l’Etat et son épouse auraient embauché une « coach sexuelle ». Est-ce pour donner du piment à certaines de leurs soirées ou redonner vie à une ardeur perdue ? Toujours est-il que la nouvelle ouvre la porte à de nombreuses rumeurs, dont celle d’une impuissance du chef de l’Etat… à rapprocher de son impuissance déclarée dans certains domaines, dont le pouvoir d’achat des Français. Une maladie reconnue lors d’une conférence de presse un certain 6 janvier 2007. Certes, on ne va pas se plaindre de la transparence. Cela dit, on peut se demander si certaines annonces sont bien nécessaires, voire si un chef d’Etat peut se permettre d’avoir la vie privée d’un citoyen ordinaire. En terme de contrôle de l’image, un président impuissant dans un pays en crise n’est pas très bon.

Posté par Ph Bensimon à 00:58 - Contrôle de l'image - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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