300px_Historic_Tibet_MapA l'époque ou Sarkozy était candidat, son équipe semblait le conseiller à peu près correctement. Thierry Saussez est toujours dans les parages ; depuis un an il dirige le SIG (système d'information du gouvernement). D'autres sont partis, dont un après avoir été traité d'idiot si mes souvenirs sont bons devant une chaîne de télévision américaine. On a quand même l'impression que rien ne va plus dans l'équipe de marketing politique du président, qui enchaîne les gaffes les unes après les autres. Parmi les dernières, une est particulièrement savoureuse : Sarkozy s'est lancé dans la chasse aux paradis fiscaux. Notre chasseur a simplement oublié que la chasse aux éléphants ne se fait pas avec une carabine à plombs. Il s'est attaqué au début du mois à la Chine... et s'est fait tout bonnement massacrer. Ses négociations ont abouti à ce que :
1. la Chine soutienne la position française sur les paradis fiscaux... mais avec quelques conditions (rires)
2. La première était que Sarkozy accepte de déclarer que “Dans cet esprit et dans le respect du principe de non-ingérence, la France récuse tout soutien à l'indépendance du Tibet sous quelque forme que ce soit.” Adieu le respect des droits de l'homme, adieu la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes, adieu... Pour gagner quelques lignes dans la presse, et le droit d'envoyer Raffarin la semaine dernière à Pékin négocier quelques contrats, la France s'est déculottée et a renié une fois de plus ses idéaux. Finalement, Sarkozy doit aimer ça, puisque l'ancien premier ministre vient de poser la première pierre d'une ambassade de France à Pékin.
3. Mais là ou les Chinois sont très forts, c'est que ça ne leur a pas suffi. Pour bien montrer à Sarkozy qu'il n'avait pas la taille requise pour discuter avec eux, les Chinois et posé une condition supplémentaire : que Hong-Kong et Macao soient retirés de la liste des paradis fiscaux... Autrement dit, on veut bien vous laisser jouer dans votre cour, mais vous vous engagez à ne pas toucher à nos paradis fiscaux. On aurait pu croire à un poisson d'avril, ce n'était pas le cas. Curieux accord signé par celui qui s'érige en pourfendeur des paradis fiscaux. Le moins qu'on puisse dire, c'est que veni, vedi, et pas vici. L'éléphant a écrasé l'apprenti chasseur, qui non seulement s'est engagé à ne plus le chasser, mais en plus a accepté de l'épouiller.

En attendant, les Chinois rigolent. Et Sarkozy perd toute une frange de son électorat, qui comprend mal qu'au nom d'un pseudo-réalisme politique on laisse souffrir des peuples sans intervenir. Pas sûr que ce type de négociation voué à l'échec soit un bon plan pour rehausser l'image de notre président, tant en interne qu'à l'international.

Accessoirement, si un visionnaire du nom de Roosevelt n'avait pas eu le courage, la volonté, et la capacité de voir quels avantages – y compris économiques – on peut tirer de la défense des peuples opprimés, l'allemand serait aujourd'hui beaucoup plus parlé dans nos écoles. Roosevelt aurait réglé le problème japonais en leur cédant quelques îles, serait allé développer son ambassade à Berlin avec l'espoir de récupérer un peu de business, et se serait engagé “dans cet esprit et dans le respect du principe de non-ingérence, à récuser tout soutien à l'indépendance de la France sous quelque forme que ce soit.” Depuis Vespasien, on sait que l'argent n'a pas d'odeur. Le sang des Tibétains n'a pas l'air non plus de chatouiller les narines de notre Président.