Le blog de Philippe Bensimon

Blog de Philippe Bensimon, conseil et professeur en stratégie et en communication, spécialisé depuis 2000 en marketing politique.

04 mai 2009

Thème de campagne : Loi Hadopi — en route vers la démocrature (bis)

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A la question du journaliste du Monde lui demandant pourquoi il n'a pas voté le 9 avril dernier la loi Hadopi, le député UMP de la Côte d'Or Alain Suguenot a donné cette réponse édifiante :

"Le projet de loi était devenu un déni de nos valeurs. Je me suis posé plusieurs questions. Internet fait-il partie des droits fondamentaux ? Oui. La loi Hadopi contribue-t-elle au financement de la création ? Sûrement pas. Respecte-t-elle les libertés individuelles et l'espace privé ? Je ne pense pas. Ne constitue-t-elle pas un précédent dangereux, dans la mesure où il n'y a pas de possibilité de recours devant l'autorité judiciaire ? Je peux comprendre la volonté de créer une structure administrative si elle ne sanctionne pas les internautes d'une manière unilatérale. Au contraire, si l'on supprime le principe du contradictoire et si les recours ne sont pas suspensifs, cela m'inquiète."
Alain Suguenot ajoute : "Il aurait mieux valu que les 70 millions d'euros que devront débourser les fournisseurs d'accès pour mettre en place la riposte graduée soient, par exemple, attribués à un fonds pour aider le cinéma et la musique." Certains qualifient carrément cette loi de "liberticide" et "techniquement irréalisable" (cf. Antonin Durand, « Internet - Les cinq questions soulevées par la loi anti-piratage », France Soir, 13 mars 2009)

Le but ici n'est pas de discuter sur la valeur d'un projet qui, c'est le moins qu'on puisse dire, ne fait pas l'unanimité, même au sein de l'UMP.
La loi Hadopi et en effet l'occasion d'un débat beaucoup plus grave, celui de savoir si nous sommes toujours en démocratie.

Le ministre de la culture et de la communication Christine Albanel, en décembre dernier, interrogée au micro de France Info sur ce qui se passerait sur les chaînes publiques si le parlement refusait de voter la suppression de la publicité après 20h, répondait que, de toute façon, il n'y aurait plus de publicité. Belle façon de dire que la présidence et le gouvernement se foutent éperdument de l'opinion des députés. Autrement dit que la séparation des trois pouvoirs, législatif, judiciaire et exécutif, se trouve réduite à néant : l'exécutif décide, l'avis du parlement n'a aucune valeur.

Cette semaine, Christine Albanel a réitéré avec la loi Hadopi, retoquée par les députés le 9 avril, en la représentant le 29 devant l'Assemblée. Toujours au micro de France-Info, le ministre a eu cette phrase superbe : "cette fois-ci c'est la bonne !" Cela veut-il dire que tant que les lois proposées par l'exécutif ne passent pas, on les représentera ? Jusqu'à ce qu'elles passent ? Deux fois, dix fois, vingt fois ? Sauf à prendre les députés pour des cons, ils ont clairement refusé cette loi. En faisant la politique de la chaise vide, les députés de droite ont signifié qu'ils n'avaient pas envie de voter pour, et qu'ils préféraient, pour ne pas avoir à voter contre un projet Sarkozy, ne pas être là.

Cette semaine, on a fait des pressions de tous les côtés sur les députés pour qu'ils votent cette loi, et on en est à menacer de prendre des sanctions contre les députés absentéistes. C'est oublier que l'absentéisme, c'est aussi une attitude politique, un message clair, et une position respectable lorsqu'elle vient d'homme politiques qui ont conscience de ce qu'ils font et des conséquences de leurs actes. Sanctionner les députés qui refusent d'être dans l'hémicycle lors d'un vote, c'est leur dénier tout sens des responsabilités, les infantiliser, faire injure à leur intelligence, et leur supprimer un droit fondamental : celui de ne pas s'associer à une parodie de démocratie.

Car peut-on encore parler de démocratie dans un pays où on force régulièrement la main au Parlement pour qu'il aille dans un sens où il ne veut pas aller ?

(photo : Matt Britt : visualisation des multiples chemins à travers une portion d'Internet.)

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09 avril 2009

Marketing politique – Grenouille complexée

Sarko_pointe_des_pieds La Fontaine parlait je crois d"une grenouille qui voulait se faire aussi grosse qu'un bœuf... Complexée ? Les internautes rigolent aujourd'hui des photos disponibles sur le site spiegelonline (http://www.spiegel.de/fotostrecke/fotostrecke-41292.html#backToArticle=617649), et reprises sur divers sites (rue89, lepost.fr, etc.). On y voit sur à plusieurs reprises le président de la république française se tenir sur la pointe des pieds pour saluer ou apparaître aux côtés de son épouse et du couple Obama, et tenter de paraître... "à la hauteur". Ces photos ont été prises par le tabloïd anglais Dailymail lors de la conférence de l'Otan à Strasbourg le 3 avril 2009.

La faute est évidente : les photographes ne font pas que des portraits, et un chef d'Etat devrait le savoir. En marketing politique, gagner quelques centimètres sur certaines photos pour sombrer dans le ridicule dès qu'apparaît la silhouette en totalité n'est pas franchement une bonne opération. Depuis plusieurs mois, on voit régulièrement Nicolas Sarkozy sur les pointes (cf. vidéo infra). Le plus amusant est que, en dehors du surnom "Le nain" que lui a valu sa petite taille, celle-ci n'inquiète pas plus que cela les Français. Sarkozy semble être le seul à s'en préoccuper...

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16 octobre 2008

Marseillaise sifflée : la France en route vers la dictature

Nice250908

Opinion : la France en route vers la dictature

Ce qui suit n’engage que moi. Il y a des choses contre lesquelles j’estime qu’il faut réagir, et ce qui se passe aujourd’hui en fait partie.
Les faits qui se sont passés mardi soir, tels que rapportés par l’AFP : « Les quelque 60.000 spectateurs présents, dont une majorité de Tunisiens, ont accompagné l'hymne français par des sifflets, comme lors des rencontres amicales France-Algérie (octobre 2001) et France-Maroc (novembre 2007). ». Dans un autre communiqué, l’AFP rappelle que « le 11 mai 2002, le président Jacques Chirac avait quitté momentanément la tribune officielle du Stade de France, la Marseillaise ayant été sifflée par une partie du public, notamment des Bastiais, avant le coup d'envoi de la finale de la Coupe de France de football Lorient-Bastia.

La FFF, par la voix de son président d'alors Claude Simonet, avait présenté au micro du stade "ses excuses à la France". »

Mais y avait-il bien lieu de le faire ? Si la Marseillaise est devenue un symbole (de la France), la France n’est pas un symbole figé. C’est un pays qui vit, évolue, et devient chaque jour un peu plus ce que ses dirigeants en font. Siffler la Marseillaise, ce n’est pas siffler la mémoire de nos aïeux – paix à leurs âmes, ils ont derrière eux la Révolution, les massacres de la Terreur et bien des choses à se faire pardonner là où ils sont aujourd’hui. Siffler la Marseillaise, c’est siffler ce qu’est devenue la France d’aujourd’hui : le pays qui renvoie à la mort dans leur pays des exilés politiques, le pays où les jeunes se pendent dans leurs prisons, celui régulièrement montré du doigt par la Ligue des droits de l’homme, Amnesty International et d’autres ONG, le pays qui soutient aujourd’hui l’Amérique de George Bush, celui où la fracture sociale s’accroît jour après jour, où le gouvernement laisse tomber les pauvres pour aider les riches (paquet fiscal, bouclier fiscal, etc), le pays où le système de protection sociale que le monde entier nous enviait est mis à mal par le gouvernement, celui où la formation des jeunes, la meilleure du monde à une époque, est devenue en cinquante ans un petit club réservé aux riches… Siffler la Marseillaise, c’est aussi dire « non » à un président fanfaron et totalement dénué de compassion, se moquant des Français le 6 janvier dernier en leur disant avec un grand sourire qu’il ne pouvait rien faire pour le pouvoir d’achat, car « les caisses de l’Etat sont vides ». Comme si le candidat Sarkozy n’avait pas été au courant de l’état des finances publiques, lui qui était ministre durant la plus grande partie de sa campagne…

Siffler la Marseillaise, c’est aussi siffler une France dans laquelle le président à peine arrivé au pouvoir augmente son salaire quand tout va mal et que les gens dorment dans la rue, et s’indigne vertueusement ensuite contre les « parachutes dorés » de certains PDG incompétents. Prendre de l’argent quand on arrive au pouvoir à la suite de promesses que l’on sait ne pas tenir vaut-il mieux qu’en prendre en le quittant ?
Siffler la Marseillaise, c’est aussi siffler le pays du scandale du sang contaminé, celui d’une médecine récemment comparée à celle d’un pays en voie de développement (Epinal, etc.), d’une justice descendue dans les derniers rangs des budgets en Europe, celui des promesses non tenues et de la poudre aux yeux (Grenelle de l’environnement, etc.), celui de la progression du racisme, de la xénophobie et des discriminations en tous genres, celui où les handicapés ont 628 € par mois pour vivre (survivre ?) alors que d’autres gagnent plusieurs millions d’euros dans le même temps…

Siffler la Marseillaise, c’est dire : « ras-le-bol de cette France-là ».

Il n’est pas étonnant qu’illico le président Sarkozy convoque le mercredi à 13H00 à l'Elysée le président de la Fédération française de football (FFF) Jean-Pierre Escalettes. Dans ce régime devenu quasiment une monarchie absolue, on n’invite plus. On convoque. Le sujet est d’importance : siffler la Marseillaise, c’est avant tout siffler la France de Sarkozy, c’est-à-dire Sarkozy lui-même. C’est insulter le monarque, et c’est cela qui est intolérable. Vite, que cela cesse !

La classe politique dans son ensemble (exception faite de Marie-Georges Buffet à laquelle je rends hommage) a joué son rôle de cour, vassaux s’indignant avec leur suzerain, renchérissant à qui mieux mieux, sans regarder un seul instant dans quel engrenage elle mettait la main. Tous dans le même sac, François Fillon à droite et Julien Dray à gauche qui auraient préféré voir le match interrompu (et alors, quid des spectateurs qui n’y étaient pour rien ?), Brice Hortefeux ("certains symboles ne s'insultent pas" – il oublie que ce n’est jamais le symbole que l’on siffle, mais ce qu’il représente), Benoist Aparu (« une connerie »), Fadela Amara qui regrette "le niveau le plus élevé de la bêtise" – comme s’il n’y en avait pas d’autres plus élevés aujourd’hui –, Le Pen qui parle de l'"échec" de "l'intégration de masses étrangères à notre culture" en oubliant qu’il en est en grande partie responsable, et que cet échec est le fond de commerce qui le fait vivre, etc.
De Villiers découvre que "siffler la Marseillaise, c'est siffler et insulter la France" (un éclair de lucidité, si ce n’est qu’il oublie que siffler n’est pas forcément insulter, c’est avant tout désapprouver, montrer son désaccord). Toujours courtisan, mais un brin faux-jeton, le secrétaire national du PS Razzy Hammadi déclare "les sifflets sont inacceptables", puis savonne la planche de son suzerain : "Même si (...) les Français d'origine maghrébine sont trop souvent victimes de discrimination et de harcèlement policier (...) il n'en demeure pas moins que la République, en dépit de ses promesses non tenues, n'est pas à humilier en sifflant son hymne".
Hier soir, le ton montait d’un cran, Fadela Amara demandant "sanction" et "justice exemplaire" contre les auteurs des sifflets. Bref, des sanctions lourdes contre ceux qu’elle juge bêtes…

Le plus logique d’entre eux, Bernard Laporte – qui de façon savoureuse dit : "Il faut arrêter d'être hypocrites" – propose de jouer les matches contre les équipes du Maghreb "chez eux, ou alors en province." Suffisamment loin pour qu’on n’entende plus les sifflets, M. Laporte ? Et les Bastiais, qu’en ferez-vous ? Où iront-ils jouer ? La Marseillaise sera de plus en plus sifflée – ce n’est pas qu’un problème franco-maghrébin –, et vous ne pourrez pas fermer tous les stades…
Car c’est là que le bât blesse : on est dans la république des promesses non tenues, et les Français n'ont pas le droit de le rappeler. Que les Français crèvent, mais qu’ils le fassent silencieusement. Qu’ils ne viennent pas nous casser les pieds avec leurs détresses, leurs souffrances et leurs agonies.

Si encore il n’y avait qu’un problème de susceptibilité présidentielle, je m’en moquerais… royalement. Plus grave est l’ampleur des réactions à ce qui n’est qu’une manifestation de mécontentement des Français. Siffler la Marseillaise est une façon d’exprimer son opinion pour une catégorie populaire qui n’a pas accès aux médias. Si on décide de supprimer cette façon, pourquoi pas une autre ? Pourquoi ne pas faire une loi pour interdire de huer Sarkozy quand on le verra en public ? L'offense au président de la République existe déjà dans la presse. Je propose dans la foulée, pour que cela ne se sache pas, de faire une loi pour interdire à la presse de relater ces faits, dont Fillon dit qu’ils « ne sont pas tolérables. » Mieux encore, j’ai une idée : interdisons toute critique publique de l’Etat, et de la France d’aujourd’hui. Après tout, entre siffler la Marseillaise et dire en public comme l’a fait Razzy Hammadi que la République ne tient pas ses promesses, il n’y a pas un gros écart. Je propose aussi d’interdire les manifestations dans les rues : on y trouve souvent des gens qui désapprouvent à haute voix ce qu’est devenue la France d’aujourd’hui – les mauvaises langues diront, parfois en tibétain, que c’est déjà en partie fait.

Dans une deuxième étape, je développerai, pour contrôler l’application de la loi et vérifier que personne ne manifeste sa désapprobation, une police politique. Quoi ? Les RG ? Ah oui, je les avais oublié… Ils n’existent plus, ils ont été fusionnés… J’apprends avec plaisir ce matin par une brève de l’AFP que « Le ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, a pour sa part demandé au préfet de saisir la justice de tels délits. Et le parquet de Bobigny a annoncé dans la soirée avoir ouvert une enquête préliminaire pour "outrages à l'hymne national". L'enquête est confiée à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP), dépendant de la préfecture de police de Paris. »

Troisième étape, créer un fichier des personnes aux opinions dissidentes, subversives, tous ceux qui sont susceptibles de commettre un délit comme siffler la Marseillaise… A propos, aujourd’hui, c’est la Sainte-Edwige…
Et enfin, créer des lieux pour « rééduquer » ces délinquants qui se permettent de siffler notre bon vieil hymne national, aux paroles si nobles et généreuses. On cherche comment appeler ces lieux, en évitant un nom en « …ag ».
Bon, tous unis, la main dans la main…Ah non. J’y pense : pas de rassemblements de plus de deux personnes. C’est dans la foule que se mettent à circuler les idées subversives. Par contre, on pourrait peut-être contrôler un peu plus les médias, mettre en place un directeur nommé par l’Elysée à la tête des chaînes de télé… Quoi, c’est déjà décidé ?

Trêve de plaisanterie. Ce ne sont pas les sifflets qui m’écœurent, c’est leur interdiction, et la volonté délibérée d’effacer le symptôme alors que la maladie n'est pas traitée. Ce qui est grave, ce n’est pas que les gens sifflent, c’est qu’ils aient envie de siffler. Le gouvernement devrait plutôt se demander pourquoi les gens sifflent la Marseillaise, plutôt que porter sur eux des jugements de valeur.
En dehors de Marie-Georges Buffet qui remarque qu'"une fois qu'on a dit que c'était scandaleux on n'a rien réglé", et note avec justesse que les sifflets sont "l'expression de gens en "souffrance" qui "ne se sentent pas bien chez nous", du MRAP qui s’inquiète d'"une déchirure" au sein de la société française et du patron du Modem François Bayrou qui reproche au gouvernement "en faire des tonnes" pour faire oublier la crise actuelle, personne ne s’est posé la question.

Personne non plus n’a relevé la perte d’une liberté fondamentale, qui est la liberté d’expression.
Les gens devraient avoir le droit de dire que leur pays ne leur plaît plus, que la France d’aujourd’hui n’est plus la France de la qualité de la vie et des libertés individuelles, que ce n’est plus non plus la France de la solidarité qu’avaient construite les résistants à la Libération, et que les gouvernements successifs en trahissant leurs engagements leur ont volé leur nation.
Dans un pays, quel qu’il soit, la liberté d’expression ne peut qu’être totale, sinon elle n’est pas. Etre libre de dire oui, c’est aussi être libre de dire non. Il n’y a pas de demi-mesure. On ne peut pas être « plus ou moins libre ». On est libre, ou on ne l’est pas.

D’autre part, quand Roselyn Bachelot, sortant de la réunion de mercredi, déclare que tout match durant lesquels la Marseillaise sera sifflée sera "immédiatement arrêté", elle montre bien l’ampleur des dégâts :
1. c’est une sanction collective, injuste et injustifiée, qui va frapper pratiquement 80 % des spectateurs qui n’y seront pour rien, simplement pour satisfaire l’ego de quelques ministres et d’un président (8 Français sur 10 ont trouvé choquant de siffler la Marseillaise),
2. c’est une sanction qui va créer des violences dans des stades où il n’en manque déjà pas, des spectateurs privés de match s’en prenant forcément aux « siffleurs » qui les privent de leur plaisir (mais c’est peut-être là le but du gouvernement),
3. c’est une sanction stupide, qui va être difficile à appliquer selon des responsables du football mondial. "Il faut bien voir les modalités pratiques, avec 80.000 personnes à évacuer, ça peut poser problème", a estimé William Gaillard (UEFA). Là encore, on va trouver des victimes innocentes, qui vont payer pour satisfaire l’ego du monarque.
Voilà ce qui arrive quand on prend des décisions dans l’urgence, dans des moments de colère et de mauvaise humeur. Ce qu’on reproche à un gamin auquel on apprend à « tourner sept fois sa langue dans sa bouche » et à réagir posément, notre gouvernement le fait. Sans prendre le temps de consulter des experts, ni même prendre le temps de laisser les esprits se calmer.

Pire encore, c’est le gouvernement qui prend cette décision, limitant un peu plus les libertés individuelles. Si mes souvenirs sont bons, notre constitution reprend la déclaration des droits de l’homme et du Citoyen du 26 août 1789, qui précise parmi ces droits la liberté d’expression. Et, pour protéger les citoyens des abus de l’exécutif, elle précise bien que c’est à la loi (c’est à dire au Parlement) d’en fixer les limites.
Art.10 : nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que ses manifestations ne troublent pas l’ordre établi par la loi ;
Art.11 : la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc écrire, parler, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.
C’est donc au Parlement, et non au gouvernement de prendre ce type de décision. En l’espèce, une fois de plus, un gouvernement qui s’est fait régulièrement rappeler à l’ordre par le Conseil constitutionnel me semble outrepasser ses pouvoirs.

En 2003, quelques mois après les sifflets bastiais adressés à Jacques Chirac, une disposition inédite en droit français a été adoptée par le Parlement. Elle punit d’amende le fait d’outrager publiquement l’hymne national au cours d’une manifestation organisée ou réglementée par les autorités publiques, et l’assortit d’une peine de prison lorsque l’infraction est commise en réunion (article 433-5-1 du code pénal). Une disposition « ad hoc », validée par le conseil constitutionnel le 13 mars 2003.
Notre Parlement obéira-t-il à Sarkozy comme il a obéi à Chirac ?

Entre avril 1995 et novembre 2006, la France a été condamnée à dix reprises par la Cour européenne des droits de l’homme pour violation de l’article 10 protégeant la liberté d’expression. La liberté des Français se réduit comme une peau de chagrin… et chaque morceau qui disparaît rapproche un peu plus la France d’une dictature qui ne dit pas son nom.

Pour revenir à l’affaire des sifflets, elle va faire d’autres victime que les malheureux siffleurs dont Fadela Amara veut aujourd’hui la tête. Ce sont les maghrébins vivant en France, qui ont déjà bien du mal à s’intégrer dans un pays de plus en plus xénophobe. L'ambassadeur de Tunisie à Paris a appelé à "éviter les amalgames", et rappelé que les sifflets peuvent aussi être franco-français, mais le mal est fait. Certains irresponsables (ou pas) ont déjà décidé que le problème des siffleurs était maghrébin, et que les matchs contre les pays du maghreb étaient la cause de tout – une manière bien facile de s’exonérer de sa part de responsabilité. Les maghrébins, les pays du maghreb… La faute aux autres, quoi. Le regretté Coluche, flic dans un sketch mémorable, expliquait à propos d’un individu : « Un type louche, un peu basané, voyez... Parce qu'on nous apprend à reconnaître les mecs louches, attention! c'lui-là, si vous voulez il était pas franchement louche mais il était franchement basané. » Depuis, les choses ont eu plutôt tendance à empirer. Chaque déclaration mettant en cause les maghrébins, les juifs, les arabes, les asiatiques, les noirs, etc. renforce un peu plus leur exclusion, les marginalise et augmente la xénophobie ambiante.
Le mécanisme a été montré, expliqué depuis longtemps par des chercheurs. Alors, quel est le but de toute cette agitation, qui fait monter le racisme ambiant ? Il y a des gens qui vont s'en servir pour tenter de justifier l’exclusion économique et sociale de certains. Quand Bayrou s’interroge sur un gouvernement qui « en fait des tonnes » à propos de quelques coups de sifflets sur une musique qui n’est même plus celle que connaissaient les Poilus, on est en droit de se poser des questions sur les buts réel poursuivis, et les suites des opérations.

D’une manière comme d’une autre, les déclarations de ce mercredi 15 octobre laisseront des traces, et il y aura ce que pudiquement on appelle des « dommages collatéraux ».

Photo : la France d’aujourd’hui : à deux pas du casino Ruhl, des gens dorment dans l’entrée d’une boutique de luxe (Nice, 25 septembre 2008).


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13 août 2008

Marketing politique — Jusqu'où peut-on abuser la confiance des électeurs ? – Le Tibet, Sakozy, Kaas et Goebbels

EleanorRooseveltHumanRights Jusqu’où peut-on abuser la confiance des électeurs ? Le problème n’est pas nouveau. Si ma mémoire est bonne, Goebbels, reprenant un passage du Mein Kampf d’Hitler, disait déjà : « plus le mensonge est gros, et mieux il passe ». L’Algérie française a été un bon exemple de ces mensonges : De Gaulle savait qu’il n’y avait pas de place pour un département d’Algérie, et que l’avenir consistait dans une Algérie indépendante, avec des liens aussi étroits que possibles avec la France. François Mitterrand avec le mensonge de Tchernobyl qui a coûté la vie à de nombreux Français et à commencé à générer des plaintes contre l’Etat a donné un autre exemple de gros mensonge. Mais le mensonge de Mitterrand était un mensonge sans risque : son ambition n’était pas de se présenter aux élections de 2012.
Les mensonges de Sarkozy, élevés au rang de programme de communication, sont plus risqués : ils ne tiennent pas la route plus de quelques mois avant d’être démasqués. On a vu ainsi lors de la soirée mémorable du 6 janvier le président élu dénoncer avec un sourire cynique les mensonges du ministre candidat, avouant n’avoir aucun moyen d’action sur le pouvoir d’achat : les caisses de l’Etat sont vides et le président n’a aucun moyen d’action sur les entreprises. Plus récemment, pour contrer la pression de l’opinion publique lui reprochant de s’être déculotté devant la Chine sur la question du Tibet, le président du pays des Droits de l’Homme avait déclaré qu’il ne se rendrait pas à Canossa (Pékin en français) si les rapports entre le Dalaï-Lama et la Chine n’évoluaient pas. A ma connaissance, rien n’a évolué, et le plus bling-bling de nos hommes politiques n’a rien trouvé de mieux que d’aller à la cérémonie d’ouverture des J.O. Fallait vraiment qu’il n’ait rien de mieux à faire. Pour expliquer cela, il a eu en fin de semaine dernière un discours remarquable, disant en substance qu’il fallait aider, accompagner la Chine dans son évolution vers le respect des Droits de l’homme. Hilarant. Si ce n’est que les tibétains font les frais d’un ethnocide dont personne ne veut se préoccuper, et que le fait que la France « accompagne » la Chine leur fait une très belle jambe. Vendredi dernier, François Hollande déclarait avec humour : « la France vient de gagner sa première médaille aux J.O. de Pékin, celle de l’hypocrisie ». Les tibétains apprécieront. Ecœurant. Le Dalaï-Lama a été reçu partout, par Georges Bush (pourtant pas un champion des Droits de l’Homme), par Angela Merkel, etc. Nicolas Sarkozy est le seul à avoir refusé de le recevoir.
Officiellement, le DL n’a pas soumis de demande officielle, pour ne pas mettre la France en porte-à-faux vis-à-vis de Pékin. Ce matin, le chef spirituel, qui est aussi chef du gouvernement tibétain en exil, a été reçu au sénat par les deux groupes parlementaires chargés du Tibet. La réception n’a pas eu lieu dans l’hémicycle, mais dans un simple bureau, ce qui a rappelé la visite du commandant Massoud, autre défenseur de la liberté que la France a joyeusement écarté. Ce matin, le Canard enchaîné titrait à propos de celui qui a reçu le prix Nobel de la paix : « L’évité d’honneur ». Le prix Nobel n’est pas décerné en France… Cette réception sans faste sera le seul intermède politique de 12 jours de visite en France du Dalaï-Lama. A la fin de sa visite, on lui concèdera une entrevue dans l’Hérault avec Carla Bruni-Sarkozy. Elle pourra lui parler de son nouveau CD, et tenter de négocier avec lui une traduction en tibétain… Le député socialiste Manuel Valls se disait hier « pantois » devant les subtilités de la diplomatie française, et regrette que Sarkozy n’ait pas insisté pour recevoir le DL. Il ignorait alors une nouvelle qui est tombée ce matin : le président français recevra le Dalaï-Lama le 10 décembre, lorsque la vitrine médiatique des JO se sera refermée et que l’audience du DL sera redevenue quasi inexistante. Ironie du sort ou choix cynique du président, le 10 décembre est l’anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, faite à Paris en 1948… Cette déclaration que Jeane Kirkpatrick, devant le décalage entre les postures des hommes politiques et leurs actions, dénonçait comme « la lettre du Père Noël ». (Photo : Eleanor Roosevelt tenant la traduction en espagnol de la déclaration)

On savait déjà que la réception par la Chine au printemps d’un émissaire du DL était une mise en scène destinée à faire taire l’opinion publique internationale tant que les J.O. ne seraient pas terminés. Jeux qu’il y a quelques jours à 10h06 sur France-Info, un journaliste victime d’un lapsus linguae baptisait « Jeux Politiques de Pékin », avant de se reprendre piteusement. Freud aurait apprécié. Au-delà des faits, on peut s’interroger sur l’avenir de notre pays, avec à sa tête un président tout en paillettes, chaussures de luxe et faux-semblants, devenu incapable de dire « non » à ce qui ressemble fort à un crime contre l’humanité.

Depuis plusieurs années, je propose à mes clients de prendre une position visant à responsabiliser la classe politique. Le jour où le mandat électif sera un vrai mandat, avec une obligation pour un élu de respecter ses promesses sous contrôle d’une commission indépendante, et où la parole d’un chef d’Etat, d’un premier ministre ou d’un membre du gouvernement engagera sa responsabilité civile et pénale, là, la classe politique redeviendra crédible. Aujourd’hui, la parole d’un Sarkozy ne vaut plus rien.
Ce « rien » suffira-t-il à le faire réélire en 2012 ? Hitler l’avait compris, les peuples veulent du rêve. Gageons que Sarkozy saura trouver d’ici quatre ans un mensonge encore plus gros que celui du pouvoir d’achat. Nul n’est plus crédule que celui qui veut croire, et les électeurs ont la mémoire très courte. Kaas/Goldman le disent très bien, parlant « …des mensonges et des bêtises qu’un enfant ne croirait pas. Il me dit que je suis reine, et pauvre de moi j’y crois ». Bref, on comprend mieux pourquoi la responsabilisation des politiques est un vieux serpent de mer, qui émerge de temps en temps pour disparaître presque aussitôt.

Ph Bensimon

Liens à consulter sur le web :
1994/45. Projet de déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtone
http://www.unhchr.ch/huridocda/huridoca.nsf/(Symbol)/E.CN.4.SUB.2.RES.1994.45.Fr?OpenDocument

...et l’article Génocide : http://www.operationspaix.net/-Genocide-

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06 juillet 2008

Vers la fin du droit de grève ?

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Hier soir, au JT de 20 h, TF1 a diffusé ces images extraordinaires : Nicolas Sarkozy annonçant, tout sourire et très fier de lui : "La France change beaucoup plus vite qu'on ne le croit. Désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s'en aperçoit !"

Le droit de grève est reconnu depuis la Loi Ollivier du 25 mai 1864. C'est grâce aux grèves répétées de générations de Français que nous avons pu obtenir et défendre un droit du travail équitable et nos acquis sociaux : la réduction du temps de travail à 8h par jour, la sécurité sociale, un système éducatif performant, etc. Le droit de grève est si important qu'il a été inscrit dans la Constitution en 1946 comme un « principe particulièrement nécessaire à notre temps », et étendu à la fonction publique d'où il était initialement absent par arrêt du Conseil d'État (l’arrêt Dehaene du 7 juillet 1950). Beaucoup de gouvernements de droite se sont attaqués ces dernières années au droit de grève, par l'instauration de "services minimum" en contradiction avec la Constitution. A l'étranger, le pire exemple a été donné par l'Angleterre de Margaret Thatcher et les Employment acts de 1980 et 1982 qui ont pratiquement réduit à néant le droit de grève.

En France, il n'est pas innocent que ce soit ce même gouvernement Sarkozy qui s'attaque en même temps à la durée du travail, à la sécurité sociale, à l'éducation nationale et au service minimum, à l'indépendance des chaînes de télévision, au pouvoir d'achat des Français qu'il rogne par l'impôt, etc.
Tout cela est-il en rapport avec la petite taille de notre président ? Une analyse psychologique du personnage serait intéressante à ce sujet. Toujours est-il que la récession qui nous guette n'est pas qu'économique. La France est en train de perdre en quelques années ce qu'elle a mis des siècles et du sang à construire.


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03 juillet 2008

Ingrid Betancourt libérée

Pr032206a_6Ingrid Bettancourt vient d’être libérée. Hier soir à 21h16 heure française, le ministre de la Défense colombienne, Juan Manuel Santos, a annoncé sa libération par l'armée colombienne. La Franco-colombienne était retenue depuis le 23 février 2002 par les FARC-EP (photo). La politicienne, ancienne élève de Dominique de Villepin à l’IEP,pourrait bien être la prochaine présidente de la Colombie. Un avion de la république française, avec à son bord Bernard Kouchner et la famille d’Ingrid Bétancourt, devrait s’envoler aujourd’hui pour la Colombie.

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02 juillet 2008

Thèmes de campagne — A contre-courant : la télé sans pub est un non-sens

TVEn moins de quinze jours, on a eu coup sur coup deux annonces, tout aussi épouvantables l’une que l’autre pour le pouvoir d’achat des Français : l’annonce de la suppression en janvier 2009 de la publicité sur les chaînes publiques, suivie de peu de celle, toute aussi néfaste, de la suppression du remboursement des médicaments de confort pour les malades atteints d’affections de longue durée. Au passage —pour faire bon poids ? — on nous a asséné lundi la nomination par l’Elysée du directeur des chaînes publiques, une autre horreur qui nous ramène quarante ans en arrière. Je reviendrai cette semaine sur ce blog sur ces différents points, y compris la reculade du directeur de la Cnam deux jours après l’annonce de la suppression du « 100 % » sur les médicaments de confort dans le cadre des ALD (affections de longue durée).
Pour ce soir, je voudrais commencer par commenter l’idée sarkozienne de supprimer la publicité des chaînes publiques.


1. La suppression de la publicité télévisée sur les chaînes publiques. C’est une véritable horreur. Au risque d’aller à contre-courant des idées reçues, je soutiens que la publicité est nécessaire sur les chaînes de télévision :
– elle fournit un financement important, qui est gratuit pour le particulier. L’annonce de Nicolas Sarkozy d’un financement des chaînes publiques par une taxe de 0,9 % sur les chiffres d’affaire des opérateurs de téléphonie mobile et des providers d’Internet est de la poudre jetée aux yeux des Français. Il s’agit bel et bien d’un nouvel impôt qu’ils vont payer. Il n’a pas fallu 24 heures aux opérateurs de téléphonie mobile et aux providers pour annoncer qu’il répercuteraient illico la nouvelle taxe sur les consommateurs. A partir de janvier prochain, Nicolas Sarkozy crée donc un nouvel impôt.qui touchera directement les Français, un nouvel impôt injuste qui frappera encore une fois sans distinction de revenus. Pire, ce sont les jeunes, utilisateurs les plus importants mais aussi les moins fortuné des deux produits visés qui souffriront le plus ;

– La publicité améliore la qualité des programmes. Les chaînes financées par la publicité se battent entre elles pour faire de l’audience, et avoir le maximum d’auditeurs, car c’est l’audience qui attire les annonceurs et leurs budgets publicitaires. Quoi qu’on en pense, l’audience est quand même un signe de qualité, c’est-à-dire de la capacité d’un produit à répondre mieux qu’un autre aux attentes de ses clients. Et ce n’est pas un hasard si les films de qualité à gros budgets passent sur TF1 plutôt que sur les chaînes publiques. Même à un niveau plus « intellectuel », les émissions de qualité comme Capital, Culture pub, etc., ont été créées sur M6 et pas sur A2 ou FR3. Donner à une chaîne un financement public fixe financé par l’impôt, c’est lui donner carte blanche pour faire n’importe quoi, sans la sanction du marché ;

– La publicité est une vitrine ou de jeunes réalisateurs font leurs débuts. Le marché du court-métrage n’est pas suffisant, et le financement des longs métrages est un risque financier important. La pub offre des débouchés pour les jeunes réalisateurs, que la suppression des écrans publicitaires des chaînes publiques va supprimer ;

– La publicité est une vitrine, et une vitrine de qualité. Pensez à la qualité technique et créative des campagnes Perrier, par exemple. Si Culture Pub a duré si longtemps, si chaque année la Nuit des Publivores attire tant de monde, si Canal a consacré des émissions au Festival international du film publicitaire de Cannes, c’est que la publicité n’est pas si « gênante » que ça. Il y a des gens qui aiment ça, et qui regretteront que Maurice ne soit plus là pour dépasser la limite des bornes. Surtout, la qualité des pubs, imposée par les annonceurs qui y associent l’image de leurs produits, s’imposait naturellement aux émissions qu’elles côtoyaient.

– La publicité permet aux annonceurs de vendre leurs produits. Faites le meilleur produit du monde dans votre petit coin, si vous ne faites pas de pub, personne n’en achètera, si ce n’est un ou deux voisins qui en auront entendu parler. Vous ferez rapidement faillite et vos salariés se retrouveront au chômage. La pub permet aux entreprises de vivre, et de faire vivre leurs salariés. Supprimer les spots publicitaires est donc anti-économique. Si encore on pouvait espérer que tous les écrans publicitaires supprimés des chaînes publiques se retrouvent sur TF1, M6 et Canal, et que tout le monde les regarde. Mais bien sûr, ce ne sera pas le cas. D’une part le nombre de fois où un film est interrompu par de la pub est limité par les réactions de mécontentent chez les téléspectateurs ; d’autre part, on ne peut pas demander aux spectateurs de déserter complètement les chaînes publiques, même si après une telle ânerie elles le mériteraient ;

– Les annonceurs qui passent leurs pubs à la télé ne le font pas par philanthropie. Ils le font parce que c’est pour eux le média le plus rentable et qu’ils en ont besoin. La suppression d’une part importante des écrans publicitaires français va avoir une double conséquence : a) renchérir le prix des écrans restants, en supprimant une part de la concurrence entre les chaînes et en créant une rareté qui n’a pas lieu d’être. Le surcoût que paieront les annonceurs sera répercuté – devinez sur qui ? Sur les Français, par le biais des produits de grande consommation vendus par la télé. b) rallonger le délai de réservation des écrans publicitaires. La télé n’est déjà pas le média le plus réactif…Entre le prix prohibitif et des délais inacceptables, des annonceurs télé vont devoir se tourner vers des médias moins efficaces pour eux, qui leur rapporteront moins d’argent. Devinez comment ils feront pour retrouver leurs bénéfices, et qui paiera en définitive la facture ? Vous avez gagné (façon de parler !).
– On a entendu aussi parler d’une hausse « légère » de la redevance. Je crois de 3 € l’an prochain (je ne peux pas l’affirmer). Encore, une hausse injuste, indépendante des revenus, et qui va toucher de plein fouet les plus défavorisés de ceux qui la paieront, notamment les personnes âgées pour lesquelles la télé est parfois le seul lien avec le monde extérieur.

En conclusion, je peux affirmer que la télévision sans publicité, c’est une télévision plus chère pour le consommateur, et qui sera de moins bonne qualité. Ce sera aussi un facteur inflationniste, qui contribuera un peu plus à restreindre le pouvoir d’achat des Français. C’est un retour en arrière, aux débuts de la télévision, qui conforte ce que disait il y a quelques mois un analyste politique : Nicolas Sarkozy, sous un activisme apparent, est en fait un président aux idées profondément rétrogrades, qui va ramener la France quarante ans en arrière. Nous verrons dans les articles suivants que les deux autres décisions prises la semaine dernière confirment cette analyse.

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06 juin 2008

Marketing politique — Thème de campagne — Carburants : qui va payer la facture ? Bussereau n’a pas réussi à calmer les routiers

DominiqueBussereauCarburants : qui va payer la facture ? Dominique Bussereau n’a pas réussi hier à calmer les routiers étranglés entre les charges sociales et la hausse du coût du carburant.

Il y a un peu plus d’un an (23 mai 2007), Dominique Bussereau inaugurait son poste de secrétaire d’Etat chargé des transports en envisageant la suppression des panneaux signalant la présence d’un radar automatique. "On voit bien que les automobilistes diminuent leur vitesse et dès que la zone est terminée, ils appuient sur le champignon. On peut se demander si à un moment, il ne faut pas les supprimer" avait-il déclaré, révélant ainsi que la volonté du ministère n’était pas de réduire la vitesse — même temporairement — aux endroits dangereux, mais de coller des PV.

Le populaire président du conseil général de la Charente-Maritime, toujours chargé des transports, a annoncé hier une série de mesures destinées à calmer les professionnels de la route, plus qu’irrités par la hausse du carburant qui va mettre près de 5000 d’entre eux au chômage cette année :
1. Répercuter sur les clients la hausse des carburants : en cas de refus du client de voir figurer le surcoût carburant dans la facture, celui-ci se verrait ponctionner d’une amende pouvant aller jusqu’à 15.000 euros. C’est un renforcement de la loi de 2006 qui autorisait déjà les transporteurs à répercuter leurs surcoûts. Bien sûr, à ce petit jeu de dominos, a perdu le dernier qui ne peut pas répercuter : le consommateur final. A noter que le problème du transport international n’est pas résolu pour autant : au prix où sont les carburants en France, les transporteurs français cessent d’être compétitifs au plan européen et perdent régulièrement des marchés depuis le début de l’année. L’Unostra rêve que Nicolas Sarkozy profite de sa présidence de l’Union européenne pour imposer à celle-ci une taxation uniforme des carburants sur le modèle de la France : un phantasme. La taxation des carburants est la pire erreur économique que l’on puisse faire ; il y a peu de chance pour que l’Europe suive Sarkozy dans un modèle qui a déjà montré sa faillite et renonce à sa compétitivité.
2. Rembourser plus vite la part de TIPP que l’Etat ristourne aux routiers, et étaler les charges sociales. Celles-ci, parmi les plus fortes d’Europe, fragilisent§ considérablement le secteur. Mais leur étalement — si la situation de l’entreprise le justifie, et sur examen d’un dossier — n’est qu’un emplâtre sur une jambe de bois. Ainsi que le remarquait cet après midi la représentante de l’Unostra, cela ne fait que quelques mois de trésorerie. En fait, c’est reculer pour mieux sauter. Sans minimiser l’importance que revêt pour toute entreprise la trésorerie, le problème actuel n’est pas là : il s’agit de l’équilibre du compte d’exploitation des entreprises de transport, menacé par les charges incompressibles liées au carburant et aux charges sociales.
3. Dominique Bussereau propose enfin une concertation avec les sociétés autoroutières afin d’établir des tarifs « plus modérés » et des « actions spécifiques en faveur du transport routier ». Seul hic : les autoroutes ont été privatisées (encore une belle erreur, qui prive les Français de tout espoir de voir un jour leurs autoroutes devenir gratuites à l’instar de leurs voisins suisses), et leurs actionnaires ne vont pas voir d’un bon œil disparaître une partie de leurs revenus au profit de routiers étranglés par l’Etat.

Cet ensemble de mesures, on le devine, n’a pas vraiment satisfait la profession. La Fédération nationale du transport routier parle de mesures « pipeau », notant que certaines étaient déjà dans les tuyaux depuis longtemps. Son président annonce pour le 16 juin « un mouvement national de protestation », qui pourrait voir 3000 à 5000 véhicules bloquer les routes dans des opérations de type « escargot ». (Crédit photo : David Mendiboure - Service photo de Matignon)

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23 mai 2008

Marketing politique, culture et réchauffement climatique — Vendre plutôt qu'imposer

Marketing politique, culture et réchauffement climatique

Le réchauffement climatique est un phénomène aisément constatable : ça faisait longtemps que le printemps n’avait pas été aussi chaud. Le gouvernement a réussi l’exploit de mettre dans la rue, sur la rade et bientôt sur les routes une bonne partie de la population, y compris des gens qui n’avaient jamais manifesté et qui ont décidé de se mobiliser aujourd’hui. Lycéens, enseignants, marins-pêcheurs, routiers, futurs retraités, parents craignant pour l’avenir de leurs enfants, tous ont un point commun : leur mécontentement devant une situation qui ne cesse de s’aggraver. Il faut dire que le gouvernement actuel récolte ce printemps ce qu’il a semé depuis l’été. Quand la communication présidentielle devient quantitative plus que qualitative, et tient plus du « story telling » que du discours de fond, ça passe quelque temps, mais quelque temps seulement. Il en va de même quand le gouvernement décide au mépris de la volonté du peuple et de ses intérêts. La pression fiscale augmente (ne serait-ce que par les taxes sur les carburants), la fracture sociale est creusée par la fiscalité, les libertés individuelles régressent, les acquis sociaux et culturels disparaissent ou sont menacés (la mixité à l’école). Pour la première fois depuis bien longtemps, les retraités voient leur pouvoir d’achat passer en dessous de celui des actifs. La culture du diktat (« je ne céderai pas »), l’absence de dialogue et de négociation préalable aux grandes décisions, ont conduit dans le passé à des grèves dans des grandes entreprises. Aujourd’hui, l’entreprise s’appelle « France ». Le nom a changé ; le résultat est le même. Une décision grave se vend au peuple et aux partenaires sociaux lors de négociations. Elle ne s’impose pas.

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05 mai 2008

Marketing politique et désinformation — Fillon et l'essence

Le premier ministre François Fillon semble connaître aussi bien les composants du prix de l'essence que le candidat Sarkozy connaissait l'an passé les rouages du pouvoir d'achat. François Fillon vient d'annoncer ce matin que le gouvernement ne pouvait rien faire pour endiguer la hausse du prix du pétrole (ça, c'est vrai), et que les Français devaient s'habituer à vivre avec un prix des carburants cher (ça, c'est faux). Comme s'il y avait un lien direct entre le prix du pétrôle et celui de l'essence. En fait, le prix du baril de pétrole n'est que l'une des composantes du prix de l'essence — exactement comme le blé n'est que l'une des composantes du prix du pain (vous trouverez prochainement sur ce blog l'incidence exacte de la hausse du prix du pétrole sur le SP95). En fait, le gouvernement maintient artificiellement un prix de l'essence cher par le biais des taxes, cf. articles publiés sur ce blog depuis avril 2008 sur le prix des carburants à l'étranger.

Plus l'essence augmente, et plus vous payez d'impôts par le biais de la TVA sur les carburants. Masquer cette vérité en tentant d'imputer le prix élevé des carburants à la hausse du coût du pétrole, c'est faire de la désinformation. Les cours du pétrole sont mondiaux. Quand les Américains pleurent avec des carburants à 3,60 $ le gallon (0,61 € le litre, cf. article du 4 mai sur ce blog), qu'on ne vienne pas présenter aux Français le SP95 à 1,40 € comme une fatalité : c'est un choix politique que François Fillon doit assumer. Surtout lorsqu’il rappelle comme ce matin qu’il ne touchera pas à la TIPP. Les 14 milliards d’euros du paquet fiscal — comme les milliards qui vont être investis dans la construction de nouveaux sous-marins lanceurs d’engins nucléaires et autres porte-avions — auraient été bien mieux utilisés à aider les familles en difficulté, ou à financer une baisse des taxes sur les carburants. Là, on était dans une véritable relance de l'économie, une augmentation de la compétitivité des entreprises, et une hausse du pouvoir d'achat des Français.


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