La vie d'une femme marocaine vaut-elle aujourd'hui moins cher que la vie d'une femme française ? - Is the life of a Moroccan woman worth less today than the life of a French woman?
Cela fait neuf ans que je n'ai pas repris la plume sur ce blog, tout entièrement dédié au marketing politique.
J'entends en ce moment un débat - il y en a eu tout au long des journées qui précèdent - sur le meurtre de la jeune Philippine. Ces débats enflammés entre des gens de gauche et des gens de droite rassemblent tous les participants autour d'un avis commun : "ce meurtre aurait du être évité".
Et tous sont d'accord sur le fait que le meurtrier, qui, tout juste sorti de prison à la suite de remises de peine faisait l'objet d'une OQTF, aurait du être déjà exposé vers le Maroc son pays d'origine.
L'OQTF, obligation de quitter le territoire français, est une mesure administrative qui a été créée en 2006 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur. La France est aujourd'hui le pays qui délivre le plus d'OQT en Europe, et c'est aussi le pays qui les exécute le moins. "Ce faible taux d'exécution s'explique par le fait qu'un grand nombre de mesures d'éloignement sont prononcées à l'encontre de personnes qui ne peuvent être éloignées, soit parce que ces mesures sont abusives et déclarées illégales par les tribunaux, soit parce que les pays d'origine ne coopèrent pas, l'éloignement échoue alors en raison de l'absence de laissez-passer consulaire, normalement délivré par le pays d'où provient l'intéressé" (source : Wikipédia). Dans notre cas, ce sont les mauvaises relations entre la France - pays devenu raciste et xénophobe qui délivre au compte-goutte les visas d'entrée sur son territoire national aux ressortissants maghrébins - et le Maroc, qui a traîné les pieds pour délivrer le visa consulaire nécessaire à l'expulsion, qui sont en cause.
Qu'aurait-il donc fallu pour éviter le meurtre de Philippine ? Plus de moyens, plus de police, plus de fonctionnaires, plus de rapidité dans cette expulsion ? Tous ces débats que j'entends se résument à cette seule question : comment expulser hors de France les étrangers, avant qu'ils ne deviennent - ou redeviennent - des criminels. Comme si tous les étrangers étaient des criminels en puissance.
La vie d'une femme marocaine vaut-elle donc moins cher aux yeux des Français (qu'ils soient de gauche ou de droite) que la vie d'une jeune femme marocaine ?
A l'écoute de cette flambée de haine xénophobe à l'égard de ce meurtrier marocain, je suis révolté. Il n'y avait aucun lien entre la victime et son meurtrier. Celui-ci a donc agi sous l'effet d'une simple pulsion. Si à deux jours près, la France avait réussi à l'expulser, sa victime ne se serait plus appelée Philippine, mais Aïcha ou Fatima. Et personne n'en aurait plus parlé. La vie d'une femme marocaine vaut-elle donc moins cher aux yeux des Français (qu'ils soient de gauche ou de droite) que la vie d'une jeune femme marocaine ? La France exporte ses déchets pour aller polluer des pays pauvres et lointains. "On ne voit pas, donc c'est comme si ça n'existait pas". Au nom de ce principe, doit-on exporter aussi notre criminalité vers d'autres pays, en leur laissant la charge de régler des problèmes que nous avons créés ou que nous n'avons pas su résoudre ?
Car avant tout, le problème a été la libération anticipée d'un individu dont la dangerosité avait été très mal évaluée. La véritable cause de la mort de Philippine est là. Est-il tolérable d'expulser hors de France des individus dont nous savons qu'ils ne sont pas encore prêts à être réinsérés dans la société ?
Le nouveau ministre de l'Intérieur, qui lorgne ouvertement vers le RN, a promis qu'il y aurait davantage d'expulsions. Certes, cela revient moins cher d'expulser que de nourrir un homme en prison. La facilité est donc d'abréger les peines et d'assortir celles-ci d'une OQTF, une politique qui s'est révélée mortelle pour Philippine, et pour bien d'autres victimes dont on ne parle pas, les crimes s'étant passés l'étranger. Sachant cela, on comprend bien que le Maroc ait traîné des pieds pour délivrer son laissez-passer consulaire.
Les OQTF sont une abomination
Il faut s'interroger sur le sens de la prison et de l'emprisonnement. Si on met des gens en prison, c'est avec l'espoir qu'à leur sortie de prison ceux-ci pourront se réinsérer dans la société. Il y a une durée d'emprisonnement prévue pour chaque délit, adaptée à la dangerosité présumée du délinquant, et au temps estimé nécessaire pour que disparaisse cette dangerosité, ou du moins qu'elle revienne à un niveau socialement acceptable.On parle aussi de "dette" envers la société.
Un individu ayant purgé sa dette (effectué la peine de prison à laquelle il a été condamné) ne devrait en aucun cas être soumis à une autre peine pour ce même délit, et encore moins pour des questions dont il n'est nullement responsable, comme la couleur de sa peau ou son lieu de naissance. Est-il normal qu'un criminel Niçois soit moins sévèrement puni qu'un criminel né à Alger ou à Tunis ? Nous avons inscrit dans notre constitution : "Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits". Aux yeux de l'Etat français, il y a cependant aujourd'hui dans notre pays des gens qui sont un peu moins égaux en droit que d'autres. Ce qui nous ramène aux pires années du nazisme, où existaient des gens (à l'époque c'étaient les juifs), qui eux aussi étaient "un peu moins égaux" que les autres. Aujourd'hui, la France fait deux poids deux mesures avec les étrangers auxquels elle applique une "double peine". L'époque des "sous-hommes" est de retour, et l'abomination créée par Nicolas Sarkozy nous renvoie plus d'un demi-siècle en arrière.
L'Etat français responsable du meurtre de Pauline
Assortir une peine d'une OQTS est donc une abomination. Quand un individu a purgé sa peine, il ne doit plus rien à la société et doit redevenir un individu entièrement libre, quelques soit sa couleur de peau ou son origine.
Et quand un individu est jugé apte à se réinsérer dans la société, et qu'il bénéficie à ce titre d'une remise de peine, il doit pouvoir reprendre sa vie comme si de rien n'était, en oubliant île passé. Quand une dette est purgée, on n'en reparle plus, et il ne devrait pas être question d'expulser un individu qui a priori ne devrait plus être dangereux.
Par contre, là où l'Etat français est fautif, c'est lorsqu'il laisse sortir de prison un individu n'ayant pas totalement purgé sa peine, et dont la dangerosité est avérée. Ici, le véritable meurtrier de Pauline, c'est l'Etat français. Non parce qu'il n'a pas réussi à expulser à temps le meurtrier, mais parce qu'il a laissé sortir de prison un détenu très dangereux, qui aurait du rester en prison encore quelques années.
Bref, il est regrettable que le meurtre de la jeune Pauline serve à attiser un peu plus la haine raciale et xénophobe, déjà très présente en France, et serve à éluder la véritable question, qui est celle de la responsabilité de la France dans la libération anticipée du meurtrier.
Philippe Bensimon
NB : Seul à ne pas crier haro sur le baudet, le Syndicat de la Magistrature publie appelle aujourd'hui dans le communiqué ci-dessous à ne pas "laisser le débat public tomber dans la vendetta collective, la surenchère et les obsessions xénophobes, au détriment de l'œuvre de justice. Posons nous les bonnes questions sur les missions de celle-ci et les moyens qu'il faut se donner collectivement pour qu'elle puisse les assumer" :
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It's been nine years since I last wrote this blog, which is entirely dedicated to political marketing.
I'm currently hearing a debate - there have been some throughout the previous days - on the murder of the young Filipina. These heated debates between people on the left and people on the right bring together all the participants around a common opinion: "this murder should have been avoided".
And everyone agrees that the murderer, who, having just been released from prison, was subject to an OQTF, should have already been exposed to Morocco, his country of origin.
The OQTF, obligation to leave French territory, was created in 2006 by Nicolas Sarkozy, then Minister of the Interior. France is today the country that issues the most OQTs in Europe, and it is also the country that executes them the least. "This low rate of execution is explained by the fact that a great many removal measures are issued against people who cannot be removed, either because these measures are abusive and declared illegal by the courts, or because the countries of origin do not cooperate, the removal then fails due to the absence of a consular pass, normally issued by the country from which the person concerned comes" (source: Wikipedia). In our case, it is the bad relations between France - a country that has become racist and xenophobic and which issues entry visas to its national territory to Maghreb nationals in dribs and drabs - and Morocco, which dragged its feet in issuing the consular visa necessary for expulsion, which are at fault.
So what would have been needed to prevent Philippine's murder? More resources, more police, more civil servants, more speed in this expulsion? All these debates that I hear boil down to this single question: how to expel foreigners from France, before they become - or become again - criminals. As if all foreigners were potential criminals.
Is the life of a Moroccan woman therefore worth less in the eyes of the French (whether they are left or right) than the life of a young Moroccan woman?
Listening to this outbreak of xenophobic hatred towards this Moroccan murderer, I am revolted. There was no link between the victim and her murderer. He therefore acted under the influence of a simple impulse. If France had managed to expel him two days later, his victim would no longer have been called Philippine, but Aïcha or Fatima. And no one would have talked about it anymore. Is the life of a Moroccan woman therefore worth less in the eyes of the French (whether they are left or right) than the life of a young Moroccan woman? France exports its waste to pollute poor and distant countries. "We don't see it, so it's as if it doesn't exist". In the name of this principle, should we also export our criminality to other countries, leaving them with the burden of resolving the problems that we have created or that we have not been able to resolve?
Because above all, the problem was the early release of an individual whose dangerousness had been very poorly assessed. The real cause of Philippine's death is there. Is it tolerable to expel from France individuals who we know are not yet ready to be reintegrated into society?
The new Minister of the Interior, who openly has his eye on the RN, promised that there would be more expulsions. Of course, it is cheaper to expel than to feed a man in prison. The easy way is therefore to shorten the sentences and to accompany them with an OQTS, a policy that proved fatal for Philippine, and for many other victims who are not talked about, the crimes having taken place abroad. Knowing this, it is understandable that Morocco dragged its feet to issue its consular visa.
OQTS are an abomination
We must question the meaning of prison and imprisonment. If we put people in prison, it is with the hope that when they are released from prison they will be able to reintegrate into society. There is a period of imprisonment provided for each offense, adapted to the presumed dangerousness of the offender, and the time estimated necessary for this dangerousness to disappear, or at least to return to a socially acceptable level. We also speak of a "debt" to society.
An individual who has paid his debt (served the prison sentence to which he was sentenced) should in no case be subjected to another sentence for the same crime, and even less for issues for which he is in no way responsible, such as the color of his skin or his place of birth. Is it normal for a criminal from Nice to be punished less severely than a criminal born in Algiers or Tunis? We have written into our constitution: "Men are born and remain free and equal in rights". In the eyes of the French State, however, there are people in our country today who are a little less equal in law than others. Which takes us back to the worst years of Nazism, when there were people (at the time they were the Jews) who were also "a little less equal" than others. Today, France applies double standards to foreigners to whom it applies a "double punishment". The era of "sub-humans" is back and the abomination created by Nicolas Sarkozy takes us back more than half a century.
The French State responsible for Pauline's murder
To attach an OQTS to a sentence is therefore an abomination. When an individual has served his sentence, he no longer owes anything to society and must become a completely free individual again, regardless of his skin color or origin.
And when an individual is deemed fit to reintegrate into society, and as such benefits from a sentence reduction, he must be able to resume his life as if nothing had happened, forgetting his past. When a debt is cleared, we don't talk about it again, and there should be no question of expelling an individual who a priori should no longer be dangerous.
On the other hand, where the French State is at fault is when it lets out of prison an individual who has not fully served his sentence, and whose dangerousness is proven. Here, the real murderer of Pauline is the French State. Not because he failed to expel the murderer in time, but because he let out of prison a very dangerous prisoner, who should have remained in prison for a few more years.
In short, it is regrettable that the murder of young Pauline serves to stir up a little more racial and xenophobic hatred, already very present in France, and serves to evade the real question, which is that of France's responsibility in the early release of the murderer.
Philippe Bensimon







