Le_mensonge

Les limites de la promesse. Jusqu’où peut-on aller ?

« Plus le mensonge est gros, plus le peuple le croira. » Ce tag superbe est resté quelques semaines sur les berges du Rhône à Genève, face à l’arrêt de bus Bel Air. Il reflète bien la problématique de la promesse : s’inscrit-elle dans une campagne de gain ou une campagne de notoriété ?
— Si le candidat fait une campagne de notoriété, sans avoir pour but une victoire improbable, mais pour construire une image et préparer l’avenir, la promesse doit être crédible, et de préférence réaliste. L’important est qu’on puisse y croire. La promesse du candidat doit reposer sur un besoin pérenne, associant son nom à la satisfaction de ce besoin. Il faut que, lors des prochaines élections, ce besoin soit au moins aussi fort, sinon plus, qu’aujourd’hui.
— Si le candidat fait une campagne de gain, on assiste à des choses variées. Dans les « dernières campagnes » (cas de Jacques Chirac visant à sa réélection, ou, en Russie, de Boris Eltsine dans le même contexte des présidentielles), on constate une inflation dans les promesses, les candidats finissant souvent par promettre monts et merveilles à un public crédule : 35 % de baisse d’impôts par exemple, ou l’arrêt de la guerre en Tchétchénie. Notez au passage que les gros mensonges ne sont pas l’apanage des périodes électorales : le pouvoir en use et abuse, parfois au mépris de la vie des habitants (souvenez-vous du nuage de Tchernobyl qui se serait arrêté à la frontière française). Le but de ces candidats est de repasser une fois, et coûte que coûte. La maxime hitlérienne « Plus le mensonge est gros, plus le peuple le croira » s’applique pleinement, et, hélas, marche à fond.

Cela dit, si vous êtes jeune et que votre but est de construire une carrière sur le long terme, je vous déconseille formellement ce type de pratique. L’éthique et l’honnêteté dans une carrière politique ont une double visée :
— d’une part, l’honnêteté vous évitera de vous enferrer dans le cercle vicieux des mensonges, le premier en entraînant un deuxième, etc. Vous finirez toujours par vous couper. A défaut d’être traité de menteur, on dira de vous que vous racontez n’importe quoi ou/et que vous ne connaissez pas vos dossiers,
— D’autre part, l’éthique — envisagée comme la fidélité à ses croyances — vous permet de construire l’avenir sur le long terme, en vous donnant une image de sérieux et de crédibilité, l’image d’un homme de parole. Un capital de taille dans une classe politique dévalorisée par les « affaires », les « parachutages », les trahisons et les guerres internes des partis.

Construire une promesse à la fois crédible et réaliste, qui touche une cible suffisamment large et repose sur un besoin fondamental et durable, associer son nom à cette promesse, s'y tenir et la médiatiser sans relâche, voilà la base d’une stratégie à long terme.