Le premier ministre François Fillon semble connaître aussi bien les composants du prix de l'essence que le candidat Sarkozy connaissait l'an passé les rouages du pouvoir d'achat. François Fillon vient d'annoncer ce matin que le gouvernement ne pouvait rien faire pour endiguer la hausse du prix du pétrole (ça, c'est vrai), et que les Français devaient s'habituer à vivre avec un prix des carburants cher (ça, c'est faux). Comme s'il y avait un lien direct entre le prix du pétrôle et celui de l'essence. En fait, le prix du baril de pétrole n'est que l'une des composantes du prix de l'essence — exactement comme le blé n'est que l'une des composantes du prix du pain (vous trouverez prochainement sur ce blog l'incidence exacte de la hausse du prix du pétrole sur le SP95). En fait, le gouvernement maintient artificiellement un prix de l'essence cher par le biais des taxes, cf. articles publiés sur ce blog depuis avril 2008 sur le prix des carburants à l'étranger.

Plus l'essence augmente, et plus vous payez d'impôts par le biais de la TVA sur les carburants. Masquer cette vérité en tentant d'imputer le prix élevé des carburants à la hausse du coût du pétrole, c'est faire de la désinformation. Les cours du pétrole sont mondiaux. Quand les Américains pleurent avec des carburants à 3,60 $ le gallon (0,61 € le litre, cf. article du 4 mai sur ce blog), qu'on ne vienne pas présenter aux Français le SP95 à 1,40 € comme une fatalité : c'est un choix politique que François Fillon doit assumer. Surtout lorsqu’il rappelle comme ce matin qu’il ne touchera pas à la TIPP. Les 14 milliards d’euros du paquet fiscal — comme les milliards qui vont être investis dans la construction de nouveaux sous-marins lanceurs d’engins nucléaires et autres porte-avions — auraient été bien mieux utilisés à aider les familles en difficulté, ou à financer une baisse des taxes sur les carburants. Là, on était dans une véritable relance de l'économie, une augmentation de la compétitivité des entreprises, et une hausse du pouvoir d'achat des Français.